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La septième édition de la conférence annuelle sur les problèmes de la démocratie et de la transition démocratique, organisée par l’Arab Center for Research and Policy Studies et son partenaire tunisien, s’est clôturée samedi 22 septembre 2018 dans la ville de Hammamet. La session finale a mis en perspective le rôle des facteurs externes et leur influence sur le processus de transition démocratique dans les pays arabes depuis 2011.

De très nombreux chercheurs, experts et étudiants étaient présents lors de cette journée de clôture, ainsi qu’une multitude de journalistes. À l’initiative du comité organisateur, elle a été consacrée à l’examen du rôle et de l’influence des puissances régionales sur les différentes trajectoires de la transition à la suite des révolutions de 2011.

Présidée par Abdel Rida Asiri, la première séance de la deuxième journée du colloque a eu pour objet « Les puissances régionales dans le Machrek arabe ». Yasser al-Jazayri a débuté avec une intervention sur « L’Iran, la Turquie et la révolution syrienne : dynamique régionale et les alliances internationales ». Selon lui, ce qui a lieu en Syrie depuis le déclenchement de la révolution démontre qu’il est impossible d’analyser le rôle des puissances régionales au Moyen-Orient indépendamment de celui des grandes puissances mondiales. Il a mis en évidence le fait que les États-Unis ont pu craindre une victoire de la révolution syrienne dans la mesure où ils redoutaient une expansion de la présence iranienne et de l’influence turque en Syrie. En faisant le choix paradoxal de s’allier en Irak à leur grand ennemi iranien, ou encore en soutenant les forces kurdes pourtant ennemies de leur allié turc, ils ont probablement perçu la nécessité de proposer une lecture différente de la politique régionale et internationale au Moyen-Orient.

Fatima al-Smadi a ensuite présenté sa recherche intitulée « De la Tunisie à la Syrie : comment l’Iran s’y est-il pris avec les révolutions arabes ? ». L’analyste a expliqué la façon dont l’Iran a d’abord tenté de capitaliser sur les révolutions arabes pour renforcer son influence et propager son modèle politique qualifié de « démocratie religieuse ». Mais lorsque ses dirigeants ont compris qu’elles allaient à contresens de leurs intérêts et objectifs, leur enthousiasme s’est mué en critique des forces révolutionnaires. Téhéran a dès lors qualifié la révolution syrienne de « phénomène non national », conçu à l’étranger, et a considéré que la chute de Bachar el-Assad affaiblirait sa position face à l’Arabie saoudite et déstabiliserait son pouvoir en Irak.

Cette question du rôle des puissances régionales est demeurée au centre de la deuxième session de travail, présidée par Fathi Jarray. Abdel Rida Asiri a abordé « Les transformations régionales et leur influence sur le processus du changement démocratique au Koweït », en démontrant l’incidence perpétuelle des changements extérieurs sur la trajectoire de la transition démocratique dans le pays. Le poids des facteurs externes sur la vie politique du pays révèle selon lui la nécessité d’adopter des réformes visant à consolider une expérience démocratique perméable aux bouleversements mondiaux et aux changements démographiques, sociaux et économiques que connaît le pays. L’intervention d’Ahmad Idali a quant à elle porté sur les rôles respectifs de l’Arabie saoudite et de l’Iran au Yémen, et leur impact sur la transition politique. Selon Idali, le Yémen est devenu un champ de bataille entre puissances régionales car l’Arabie saoudite a craint de voir réussir, dans son arrière-cour, une expérience démocratique susceptible de renforcer l’influence de l’Iran, son concurrent régional. C’est l’ingérence de ces deux pays qui a tué dans l’œuf la transition démocratique au Yémen. Or, les ambitions hégémoniques saoudiennes et iraniennes dans ce pays se heurtent à de nombreuses difficultés, et notamment à l’impossibilité pour l’Iran d’élargir son réseau d’allégeances et de former des alliances pérennes en raison de la cartographie sociale et confessionnelle du pays.

La dernière session, présidée par Mounir Saidani, a été dédiée à l’étude de l’impact des facteurs externes sur la transition démocratique en Égypte. Imad Harb a décliné les prises de position des différentes puissances régionales vis-à-vis de la transition démocratique égyptienne, en commençant par souligner l’influence démesurée des États du Golfe et des États-Unis sur les différentes transformations qu’a connues l’Égypte. Selon l’analyste, l’affaiblissement de la position américaine a favorisé l’ingérence de puissances régionales désireuses d’influer sur les développements internes du pays, afin qu’ils servent au mieux leurs intérêts stratégiques. Cette ingérence s’est appuyée sur d’importants moyens matériaux, ainsi que sur l’aide de soutiens locaux qui se sont employés à mettre en œuvre les agendas régionaux. Mohamed Elmenshawy a pour sa part abordé la question des relations militaires américano-égyptiennes, et leur incidence sur la transition démocratique en Égypte. Il soutient que les évolutions politiques nationales ont fourni aux États-Unis l’occasion d’entamer un travail de refonte de l’armée égyptienne à partir de 2013. Ces derniers ont exploité la défiance des élites militaires à l’égard du changement démocratique naissant, afin d’atteindre l’un de leurs objectifs stratégiques : modifier la doctrine de l’armée égyptienne et son mode d’armement pour servir aux mieux leurs intérêts. Or, en dépit de son soutien à la lutte contre le terrorisme menée par les États-Unis, le régime égyptien n’est pas parvenu à convaincre de l’importance de son rôle dans la promotion de ces intérêts, d’autant qu’il s’est révélé incapable de compter parmi les leaders régionaux dans les dossiers libyen, syrien, yéménite et palestinien.

La conférence s’est terminée sur une séance de discussion, modérée par Mehdi Mabrouk, autour des conclusions et perspectives évoquées au fil des différentes sessions. Enfin, le thème de la huitième édition de la conférence sur les problèmes de la démocratie et de la transition démocratique prévue en 2019 a été annoncé : « La justice transitionnelle et la transition démocratique ».

(traduit de l’arabe par Marianne Babut)