Escalade entre les États-Unis et l’Iran : quels risques de confrontation militaire ?

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Par l’Unité d’analyse politique

Escalade entre les États-Unis et l’Iran

La tension entre Washington et Téhéran a atteint un niveau sans précédent lorsque, début mai 2019, l’administration américaine a mis fin aux dérogations sur l’achat de pétrole iranien – décision qui signifie concrètement la réimposition d’un embargo total sur les exportations pétrolières –, avant d’annoncer également de nouvelles sanctions contre le secteur minier. L’administration de Donald Trump entend ainsi exercer une « pression maximale » sur l’Iran pour le contraindre à négocier un nouvel accord sur son programme nucléaire. La tension est encore montée d’un cran quand les États-Unis ont prétendu que l’Iran ou des agents de celui-ci avaient l’intention de mener des attaques contre les forces américaines et leurs alliés dans le Golfe, accusations que Téhéran a réfutées. Les États-Unis ont ensuite renforcé leur présence militaire dans la région, et l’Iran a répliqué en affirmant que son armée saurait faire face à toute agression militaire américaine et en menaçant de se retirer de l’accord sur le nucléaire de 2015 si le pays n’était plus en mesure d’exporter son pétrole et de protéger son secteur bancaire des sanctions américaines.

Unité d’analyse politique de l’ACRPS

L’Unité d’analyse politique est un département du Arab Center for Research and Policy Studies (Doha) consacré à l’étude de l’actualité dans le monde arabe. Elle vise à produire des analyses pertinentes utiles au public, aux universitaires et aux décideurs politiques de la région et du reste du monde. En fonction des questions débattues, elle fait appel aux contributions de chercheurs et de spécialistes du CAREP ou de l’extérieur. L’Unité d’analyse politique est responsable de l’édition de trois séries de publications scientifiques rigoureuses : Évaluation de situation, Analyse politique et Analyse de cas.

Bien que les deux pays se défendent de toute velléité guerrière, les menaces proférées de part et d’autre par de hauts responsables, outre l’éventualité d’une « erreur d’appréciation » de l’une ou l’autre partie, pourraient finir par mettre le feu aux poudres dans la région, sans compter qu’il existe bel et bien un courant radical va-t-en-guerre au sein de l’administration américaine. Récemment, des actes de sabotage ont visé plusieurs navires, dont des pétroliers, au large des Émirats arabes unis. Malgré les circonstances mystérieuses dans lesquelles ces faits se sont produits et le flou qui entoure l’identité de leurs auteurs, ils sont le signe qu’un simple incident pourrait faire éclater une guerre sans que personne ne la veuille vraiment.

L’étau se resserre sur l’Iran

Le 2 mai 2019 est entrée en vigueur la décision de Washington de ne pas renouveler les dérogations accordées aux principaux importateurs de pétrole brut iranien. L’administration Trump a déclaré en effet que tout pays achetant du pétrole iranien encourait des sanctions économiques américaines. Or la rente pétrolière est la principale source de revenus de l’Iran. Le 8 mai 2018, le président Trump avait annoncé le retrait de son pays de l’accord sur le programme nucléaire iranien conclu en 2015 et la reprise des sanctions contre l’Iran, au motif que l’accord était « foncièrement vicié » et qu’en l’état, « il ne pouvait empêcher l’Iran de se doter d’une bombe atomique[1] ». Le même jour, le département américain du Trésor avait publié un communiqué dans lequel il définissait le dispositif selon lequel Washington rétablirait des sanctions contre l’Iran et les États qui continueraient à traiter avec lui. Organisé en deux phases, il reportait les sanctions relatives au secteur pétrolier au mois de novembre 2018[2]. Cependant, sous la pression des pays importateurs de pétrole iranien, tels que la Turquie, l’Inde, la Corée du Sud, le Japon et la Chine, l’administration américaine leur avait octroyé un sursis de six mois – jusqu’au 2 mai 2019. Cette décision de ne pas renouveler ces dérogations marque la volonté des États-Unis de réduire à néant les exportations de pétrole iranien et d’étouffer l’économie du pays pour que Téhéran accepte de renégocier son programme nucléaire.

Peu de temps auparavant, en avril 2019, Washington a inscrit le Corps des gardiens de la révolution islamique sur la liste des « organisations terroristes étrangères » avec lesquelles toute relation est prohibée[3]. C’est la première fois qu’une organisation faisant partie d’un gouvernement étranger est ainsi désignée par les États-Unis. Le 5 mai 2019, citant des renseignements extérieurs, l’administration américaine a affirmé que Téhéran et ses agents dans la région avaient l’intention de frapper les forces et les intérêts américains, ceux de ses alliés[4], ainsi que des navires commerciaux[5]. En outre, elle a prétendu que l’Iran avait déployé des missiles balistiques à courte portée et des missiles de croisière sur des embarcations de petite taille dans le Golfe arabo-persique[6]. À titre de dissuasion, Washington a envoyé des renforts militaires dans la région, tout en répétant qu’elle ne voulait pas entrer en guerre contre l’Iran[7]. D’après les États-Unis, l’Iran aurait communiqué avec des milices chiites armées en Irak et en Syrie pour programmer des attaques contre les soldats américains présents dans ces deux pays[8], ce que l’Iran a démenti. Les États-Unis ont actuellement un contingent de cinq mille deux cents soldats en Irak et deux mille en Syrie.

Face aux pressions croissantes exercées par Washington, le président iranien Hassan Rohani a déclaré le 8 mai 2019 que son pays allait suspendre certains de ses engagements pris au titre de l’accord sur le nucléaire iranien et a menacé de recommencer à enrichir intensivement de l’uranium dans un délai de soixante jours si les autres pays signataires de l’accord de Vienne ne remplissaient pas leur promesse de protéger les secteurs bancaires et pétroliers iraniens des sanctions américaines[9]. Washington a répliqué en décidant d’imposer de nouvelles sanctions au secteur minier iranien – qui d’après la Maison-Blanche représente 10 % des exportations du pays – et Trump a menacé de prendre d’autres mesures si Téhéran ne « [changeait] pas radicalement d’attitude[10] ».

L’administration américaine ne cache pas qu’elle cherche à exercer une « pression maximale[11] » sur l’Iran pour le contraindre à renégocier son programme nucléaire, son programme de missiles balistiques et l’ensemble de ses activités qui visent, selon Washington, à ébranler la stabilité de la région. Mais l’Iran refuse pour sa part de négocier sous la menace et le poids des sanctions.

Le déploiement militaire américain dans la région

Sur la base de renseignements faisant état de l’intention de l’Iran et de ses agents régionaux de mener des attaques contre les intérêts des États-Unis et de ses alliés – attaques que le secrétaire d’État Mike Pompeo a qualifiées d’ « imminentes[12] » –, le département américain de la Défense a ordonné l’envoi du porte-avions USS Abraham Lincoln dans la région, accompagné d’une flotte de bombardiers. Le conseiller à la sécurité nationale John Bolton a précisé dans son communiqué du 5 mai 2019 que le but était « d’adresser un message clair et sans équivoque au régime iranien et de l’avertir que toute attaque contre les intérêts des États-Unis ou de leurs alliés se [heurterait] à une force implacable ». Il a ajouté : « Les États-Unis ne cherchent pas la guerre avec l’Iran, mais nous sommes tout à fait prêts à répondre à n’importe quelle attaque de ses agents, ou des Gardiens de la révolution islamique, ou encore de l’armée régulière iranienne[13] ». Le porte-avions Lincoln a traversé le Canal de Suez le 9 mai 2019 en direction du détroit d’Ormuz. Le même jour, quatre bombardiers B-52 sont arrivés sur la base aérienne d’Oudeid au Qatar[14]. On sait également que d’autres bombardiers du même type ont été déployés sur une autre base de la région, probablement celle de Dhafra aux Émirats arabes unis[15].

Le 10 mai 2019, le département américain de la Défense a annoncé que le secrétaire à la Défense par intérim, Patrick Shanahan, avait donné son feu vert à l’envoi du navire de guerre USS Arlington et d’une batterie de missiles Patriot dans la région, en réponse à « une préparation élevée de l’Iran à mener des opérations offensives contre les forces américaines[16] ». D’après un responsable américain, ces renforts sont « de nature défensive. Ils offrent des options au cas où la politique de dissuasion échouerait et où il serait nécessaire de répliquer[17] ». L’USS Arlington est conçu pour transporter des marines, des véhicules amphibies, de l’équipement et des hélicoptères de combat. Quant à la batterie de missiles Patriot convoyée sur le navire, il s’agit d’un système de défense anti-aérienne ciblant les avions de combat, les drones, les missiles de croisière et les missiles balistiques tactiques. Notons que fin septembre 2018, dans le cadre d’un processus de « rééquilibrage » visant à faire face aux menaces accrues de la part de la Russie et de la Chine, le département américain de la Défense avait retiré quatre batteries de missiles Patriot déployées au Moyen-Orient pour les envoyer dans d’autres régions du monde[18]. Shanahan a assuré que toute attaque iranienne contre les États-Unis ou les intérêts américains « se traduirait par une réponse appropriée[19] ».

Toutefois, les renforts américains acheminés dans la région restent relativement limités et servent avant tout à envoyer un message de dissuasion à l’Iran[20]. D’après l’analyse de plusieurs agences de renseignement américaines, le régime de Téhéran, dont la popularité est en baisse auprès de la population iranienne du fait du contrecoup des sanctions économiques, cherche à entraîner les États-Unis dans une confrontation militaire limitée, plus qu’une guerre ouverte, dans l’espoir de faire remonter sa popularité à l’intérieur du pays, et de renforcer sa position stratégique à l’extérieur[21]. Or cette analyse contredit un autre point de vue américain, avancé quelques semaines plus tôt, selon lequel Téhéran pourrait tenter de composer avec les sanctions américaines durant les vingt mois à venir dans l’espoir que Trump perde les prochaines élections de novembre 2020 et qu’il soit possible de traiter avec un nouveau président à partir de 2021. Mais selon cette même analyse, l’ampleur des nouvelles sanctions américaines pourrait avoir conduit les Iraniens à adopter une nouvelle stratégie consistant à tenter de provoquer une intervention militaire américaine limitée en portant atteinte aux intérêts des États-Unis et de leurs alliés dans la région – notamment en menaçant de fermer le détroit d’Ormuz, par où transite près d’un tiers du brut transporté par voie maritime dans le monde, ou en s’attaquant aux navires commerciaux, y compris les pétroliers, ou aux navires de guerre américains présents dans la mer Rouge, dans le détroit de Bab el-Mandeb et dans le golfe arabo-persique[22].

L’impact des sanctions sur l’Iran

De nombreux rapports indiquent que les sanctions américaines ont eu un impact considérable sur l’économie iranienne. En 2018, le rial iranien a perdu plus de 60 % de sa valeur face au dollar, et les prévisions tablent sur une augmentation de 40 % du taux d’inflation en 2019. D’après le Fonds monétaire international, l’économie iranienne a connu un ralentissement de 3,9 % en 2018, un chiffre qui devrait passer à 6 % en 2019[23]. Notons que cette estimation a été publiée début mai 2019, avant que les sanctions américaines sur les exportations de pétrole ne prennent effet et que de nouvelles sanctions sur l’industrie minière iranienne soient appliquées.

Les difficultés auxquelles l’Iran doit faire face sont aggravées par le fait que l’Union européenne n’a toujours pas réussi à mettre en œuvre un dispositif qui protégerait les entreprises européennes commerçant avec l’Iran contre les sanctions américaines, ce qui a conduit le président Rohani à lui adresser un ultimatum – les entreprises européennes redoutent en effet les sanctions américaines, car le volume de leurs investissements et de leurs échanges avec les États-Unis est bien plus important que leur présence sur le marché iranien[24].

Le problème majeur auquel l’Iran est confronté est la chute de ses exportations de pétrole, qui pourrait entraîner à terme une paralysie totale de son économie. Selon un rapport de l’agence américaine Bloomberg, aucun pétrolier iranien n’a quitté les ports du pays durant les neuf premiers jours de mai – ceux qui se trouvaient hors des eaux territoriales iraniennes avaient appareillé avant que Washington ne suspende les dérogations aux sanctions, début mai 2019[25]. Un rapport publié le 10 mai par l’agence Reuters mentionne que les deux plus grandes compagnies pétrolières détenues par le gouvernement chinois ont décidé de ne plus importer de brut iranien par crainte des sanctions américaines[26]. D’autres rapports économiques indiquent que, depuis le début de l’année, les exportations de l’Allemagne – première puissance économique européenne – vers l’Iran ont chuté de 52,6 %, tandis que les importations allemandes en provenance d’Iran ont reculé de 42,2 %[27].

Le responsable du dossier iranien dans l’administration Trump, Brian Hook, a résumé la situation en affirmant que les problèmes économiques du régime iranien ne feraient qu’empirer tant qu’il se comporterait comme un « régime renégat ». Et d’ajouter : « Nous privons l’Iran de la capacité de financer ses agents[28] ».

Les dissensions de l’administration Trump vis-à-vis de l’Iran

De nombreuses données indiquent que deux courants coexistent au sein de l’administration Trump concernant le dossier iranien. Le premier, mené par Trump, considère que les pressions économiques, politiques et militaires exercées contre l’Iran sont une carte à jouer pour le contraindre à renégocier son programme nucléaire. Rappelons que c’est Trump en personne qui a retiré son pays de l’accord de 2015, qu’il estime « désastreux ». À présent, il se voit donc obligé de prouver qu’il est capable d’obtenir un meilleur accord que celui conclu par son prédécesseur Barack Obama, sans quoi il devra assumer les conséquences de la reprise du programme nucléaire iranien. Quant au second courant plus radical, dont le chef de file est John Bolton, soutenu dans une large mesure par Mike Pompeo, il voudrait que l’Iran se plie entièrement aux exigences américaines. Mais au sein de l’administration, les adversaires de ce courant l’accusent de chercher avant tout à provoquer l’Iran[29], autrement dit de l’inciter à répliquer au blocus économique et militaire américain et, partant, à déclencher une guerre d’envergure qui ferait tomber le régime de Téhéran. D’après des fuites d’informations venant de l’administration américaine, Bolton et Pompeo profiteraient de l’absence prolongée de secrétaire à la Défense et du manque d’expérience dans les affaires extérieures du secrétaire par intérim, Shanahan. Selon ces mêmes sources, ni l’institution militaire, ni les responsables de la Défense, ni les experts du département d’État et du Conseil de sécurité nationale ne pencheraient pour l’option militaire.

Pour sa part, Trump a clairement dit qu’il n’était pas partisan d’une confrontation militaire, sans pour autant écarter entièrement cette option. Plus précisément, il a fait savoir aux Iraniens qu’il souhaitait qu’ils s’entretiennent avec lui par téléphone. « Nous pourrons alors parvenir à un accord équitable », a-t-il déclaré. « Nous ne voulons pas nuire à l’Iran »[30]. De fait, la Maison-Blanche a demandé à la Suisse, qui représente les intérêts américains à Téhéran, de transmettre aux responsables iraniens un numéro de téléphone leur permettant de joindre le président américain s’ils le souhaitaient[31] ; mais les Iraniens ont aussitôt refusé. D’une manière générale, Trump ne cache pas son opposition aux interventions militaires américaines dans le monde. Il s’emploie en effet à rapatrier les soldats américains présents au Moyen-Orient : en décembre 2018, il a pris la décision de retirer les troupes américaines de Syrie, ce qui a déclenché une tempête politique à Washington, et il tente à présent de parvenir à un accord avec les talibans pour se retirer de l’Afghanistan.

Quant au courant partisan de l’option militaire, Trump ne nie pas son existence au sein de l’administration américaine. Il a d’ailleurs confié qu’il était obligé de « modérer » les ardeurs bellicistes de Bolton[32], qui est à l’affût du moindre prétexte pour provoquer une confrontation militaire avec l’Iran. Ainsi, celui-ci n’a pas hésité à profiter de sa fonction de conseiller à la sécurité nationale pour demander au département de la Défense de préparer des cartes militaires en vue d’une éventuelle guerre avec l’Iran. Le New York Times mentionne que dès le 9 mai 2019, lors d’une réunion du Conseil de sécurité nationale, Shanahan a présenté un plan militaire prévoyant le déploiement de cent vingt mille soldats américains au Moyen-Orient dans l’éventualité où l’Iran attaquerait les forces américaines ou reprendrait son programme nucléaire[33]. Bien qu’un tel contingent ne soit pas suffisant pour mener une invasion terrestre de l’Iran, il n’en indique pas moins que le risque d’un conflit armé, qui pourrait prendre de l’ampleur par la suite, est bel et bien réel. Par ailleurs, d’après les informations dont on dispose, Bolton aurait organisé les réunions avec le Conseil de sécurité nationale de façon à affaiblir les voix des opposants à une escalade militaire avec l’Iran[34]. Malgré les réserves exprimées par l’institution militaire à l’égard de ses plans, et bien que Trump ait réaffirmé qu’au bout du compte, seul lui décidait après avoir entendu l’avis de chacun, l’inquiétude subsiste quant à l’ascendant exercé par Bolton sur Trump, d’autant que le premier a une relation de travail très ouverte avec le président[35]. La crainte de voir l’administration Trump s’engager dans une confrontation armée contre l’avis de Trump lui-même est renforcée par l’absence de personnalités fortes dans son administration qui puissent faire le poids face au tandem Bolton-Pompeo, après le limogeage de l’ex-secrétaire d’État Rex Tillerson et la démission du secrétaire à la Défense James Mattis et du chef de cabinet de la Maison-Blanche, le général John Kelly.

Les propos virulents tenus récemment par le président Trump à l’égard de Téhéran semblent confirmer les appréhensions de ceux qui ne penchent pas pour l’option militaire et qui redoutent l’influence de Bolton dans ce dossier. Le 13 mai dernier en effet, Trump a mis l’Iran en garde contre toute agression visant les forces et les intérêts américains dans la région. « Ce serait une grave erreur », a-t-il menacé.

En bref

Selon de nombreux experts, bien que ni les États-Unis ni l’Iran ne souhaitent une confrontation d’envergure – à supposer que le courant belliciste de l’administration américaine puisse être réfréné –, une guerre pourrait néanmoins éclater à cause d’une simple erreur d’appréciation de l’une ou l’autre partie, ou des deux. Ces observateurs considèrent que l’administration Trump surévalue sa capacité à faire changer l’attitude de l’Iran. Il se pourrait donc qu’elle continue à exercer de plus en plus de pression sur Téhéran sans se fixer aucun objectif réaliste ni établir de contacts diplomatiques avec elle, ce qui en définitive pourrait entraîner une confrontation militaire[36], ainsi que le retrait officiel et effectif de l’Iran de l’accord sur le nucléaire. Même les sanctions économiques les plus draconiennes pourraient ne pas faire plier Téhéran ni la contraindre à négocier en position de vaincue. L’idée d’un changement de régime par une révolution populaire est improbable. En outre, il est peu plausible que le blocus économique imposé à l’Iran l’amène à abandonner sa politique expansionniste dans la région, car même entre 2011 et 2015, lorsque le pays était asphyxié par un embargo des plus sévères, il n’a jamais cessé de financer et d’armer ses alliés[37]. Certains experts vont jusqu’à envisager que l’Iran exploite les sanctions économiques qui lui sont imposées pour créer une crise internationale en augmentant les cours du pétrole, tout en menant des attaques clandestines dans ou à proximité des couloirs maritimes de trafic pétrolier[38]. Le mystérieux sabotage de quatre navires, dont trois pétroliers, dans les eaux territoriales émiraties dans la matinée du 13 mai 2019, et le fait qu’un responsable américain ait affirmé que l’enquête préliminaire révélait la responsabilité de l’Iran et de ses agents dans ces attaques viennent corroborer les craintes de ceux pour qui l’Iran pourrait chercher à provoquer une crise en faisant grimper les cours du pétrole ou pousser les États-Unis à lancer contre lui une opération militaire limitée pour changer les règles du jeu[39]. Cependant, on ne peut écarter l’hypothèse de l’implication d’autres parties proches des États-Unis, voire du courant radical de l’administration américaine, dans ces actes de sabotage. En tout état de cause, de l’avis d’un expert, « Nous sommes plus proches d’une guerre avec l’Iran que nous ne l’avons jamais été depuis l’été 2010. La moindre étincelle pourrait mettre le feu aux poudres dans la région[40] ».

(traduction de l’arabe par Stéphanie Dujols)


Notes :

[1] États-Unis d’Amérique, Maison-Blanche, « Remarks by President Trump on the Joint Comprehensive Plan of Action », 8 mai 2015 : http://bit.ly/2HqUlP9 (consulté le 16 mai 2015).

[2] « حقائق: كيف سيعيد ترامب فرض العقوبات على إيران بعد الانسحاب من الاتفاق النووي» (« Comment Trump compte réimposer des sanctions à l’Iran après le retrait de l’accord sur le nucléaire »), Reuters, 9 mai 2015 : http://bit.ly/2VGksvr (consulté le 16 mai 2015).

[3] États-Unis d’Amérique, Maison-Blanche, « Statement from the President on the Designation of the Islamic Revolutionary Guard Corps as a Foreign Terrorist Organization », 8 avril 2019 : http://bit.ly/2W7l38U (consulté le 16 mai 2019).

[4] États-Unis d’Amérique, Maison-Blanche, « Statement from the National Security Advisor Ambassador John Bolton », 5 mai 2019 : http://bit.ly/2LKIktt (consulté le 16 mai 2019).

[5] Tucker Reals, « As B-52 bombers arrive in region, defiant Iran says U.S. “will not dare” attack », CBS News, 10 mai 2019 : https://cbsn.ws/2Hpekhi (consulté le 16 mai 2019).

[6] Barbara Starr et Ryan Browne, « US deploying more Patriot missiles to Middle East, amid Iranian threats », CNN, 10 mai 2019 : https://cnn.it/2EdB1UL (consulté le 16 mai 2019).

[7] Nicole Gaouette et Kevin Liptak, « Trump tells Iran ‘call me,’ playing good cop to Bolton’s enforcer », CNN, 11 mai 2019 : https://cnn.it/2Q86g8q (consulté le 16 mai 2019).

[8] Julian E. Barnes et Eric Schmitt, « Pentagon Builds Deterrent Force Against Possible Iranian Attack », The New York Times, 10 mai 2019 : https://nyti.ms/2w3fcmC (consulté le 16 mai 2019).

[9] « EU rejects Iran nuclear deal ‘ultimatum’, regrets US sanctions », aljazeera.net, 9 mai 2019 : http://bit.ly/30oGXUo (consulté le 16 mai 2019).

[10] États-Unis d’Amérique, Maison-Blanche, « President Donald J. Trump Is Cutting Off Funds the Iranian Regime Uses to Support Its Destructive Activities Around the World », 8 mai 2019 : http://bit.ly/2YsxHg8 (consulté le 16 mai 2019).

[11] Ibid.

[12] Barnes et Schmitt, art. cit.

[13] États-Unis d’Amérique, Maison-Blanche, « Statement from the National Security Advisor Ambassador John Bolton », art. cit.

[14] Elizabeth Mclaughlin et Luis Martinez, « Pentagon deploying Patriot anti-missile battery to Middle East to further deter Iranian threat », ABC News, 10 mai 2019 : https://abcn.ws/2w1YqEk (consulté le 16 mai 2019).

[15] « أميركا تحشد بالخليج وأنباء عن تحريك إيران صواريخ بالستية » (« Sur fond de tensions avec l’Iran, les États-Unis envoient un navire de guerre et advantage de missiles au Moyen-Orient  »), aljazeera.net, 11 mai 2019 : http://bit.ly/2JJcjPG (consulté le 16 mai 2019).

[16] Amanda Macias, « The US is sending another warship and more missiles to the Middle East amid Iran tensions », CNBC, 10 mai 2019 : https://cnb.cx/2JHEkHl (consulté le 16 mai 2019).

[17] Starr et Browne, art. cit.

[18] Mclaughlin et Martinez, art. cit.

[19] Ibid.

[20] Barnes et Schmitt, art. cit.

[21] Ibid.

[22] Reals, art. cit.

[23] Michael Lipin et Guita Aryan, « Iran Sees Oil Exports Falter, Trade Slump with Germany, US », VOA News, 11 mai 2019 : http://bit.ly/2HmtDsk (consulté le 16 mai 2019).

[24] James McAuley et Karen DeYoung, « Europeans scramble to save Iran nuclear deal but face new concerns over U.S. sanctions », The Washington Post, 9 mai 2019 : https://wapo.st/2WK5tgw (consulté le 16 mai 2019).

[25] Julian Lee, « Iranian Crude Shipments Slump as U.S. Oil Sanctions Bite Deeper », Bloomberg, 9 mai 2019 : https://bloom.bg/2W4hD6L (consulté le 16 mai 2019).

[26] Chen Aizhu et Florence Tan, « Sinopec, CNPC skip Iran oil purchases for May to avoid U.S. sanctions », Reuters, 10 mai 2019 : https://reut.rs/2Wa3PaU (consulté le 16 mai 2019).

[27] Lipin et Aryan, art. cit.

[28] Ibid.

[29] Shirley Tay, « US sanctions on Iran are ‘deliberately provocative,’ expert says », CNBC, 11 mai 2019 : https://cnb.cx/2W4hW1p (consulté le 16 mai 2019).

[30] Gaouette et Liptak.

[31] Ibid.

[32] Jordyn Hermani, « Trump : “I ‘temper’ Bolton’s hawkish instincts” », Politico, 9 mai 2019 : https://politi.co/2WNMAJF (consulté le 16 mai 2019).

[33] Eric Schmitt et Julian E. Barnes, « White House Reviews Military Plans Against Iran, in Echoes of Iraq War », The New York Times, 13 mai 2019 : https://nyti.ms/2LNdgt7 (consulté le 16 mai 2019).

[34] Dan Spinelli, « Trump Is Getting Dangerously Close to War With Iran », Mother Jones, 10 mai 2019 : http://bit.ly/2LNdyjH (consulté le 16 mai 2019).

[35] Gaouette et Liptak.

[36] Stephen Collinson, « Trump heats up yet another global crisis by escalating China trade war », CNN, 10 mai 2019 : https://cnn.it/2VEMSpV (consulté le 16 mai 2019).

[37] Zaheena Rasheed, « ‘Dangerous game’: US, Europe and the ‘betrayal’ of Iran », Aljazeera, 10 mai 2019 : http://bit.ly/2YBZ0Fb (consulté le 16 mai 2019).

[38] Barnes et Schmitt.

[39] Lolita C. Baldor, « Official: Initial US assessment blames Iran for ship attacks », WHSV, 13 mai 2019 : http://bit.ly/2JmVVFb (consulté le 16 mai 2019).

[40] Spinelli, art. cit.