Oman et le tourisme durable : un état des lieux

Date de publication : 16/12/2022
illustration texte Tourisme Oman
© Misfa al Abriyin, octobre 2015/ photo: Thibaut Klinger

Par Thibaut Klinger

Ces dernières années, le sultanat d’Oman est devenu une destination touristique à la mode. Récemment, il a eu droit aux honneurs de plusieurs émissions à la télévision française, tandis que Lonely Planet lui a décerné la 7e place des dix pays recommandés pour le voyage pour l’année 2022. Cet engouement est le résultat d’une nouvelle étape de la politique de « Renaissance » ou Nahḍa menée par le sultan Qābūs depuis 1970, poursuivie par Haītham depuis 2020. Dans la décennie 1990, le tourisme mondial connaît un nouvel essor avec l’accélération de la mondialisation. À Oman, ce secteur apparaît comme un élément clé pour s’insérer dans la mondialisation, pour diversifier l’économie et préparer l’après-pétrole d’une part, et pour « omaniser » la population active d’autre part. Le discours officiel souligne qu’il ne s’agit pas de suivre le modèle de Dubaï, qui mise sur un urbanisme toujours plus spectaculaire pour attirer les foules de visiteurs, mais d’opter pour un tourisme sélectif, respectueux des richesses naturelles et des mœurs omanaises. C’est le message que reprennent les campagnes de nation branding, notamment avec le slogan « la beauté a une adresse » utilisé sur les sites Internet ou affiches publicitaires par le gouvernement. Dans son classement, Lonely Planet écrit ainsi : « Des déserts sauvages et ouverts, de vastes chaînes de montagnes, un littoral chatoyant et des villes animées en font une destination de choix pour ceux qui souhaitent découvrir un pays doté d’un fort héritage culturel[1] ». La description met l’accent sur le patrimoine naturel et historique, élément qui vient spontanément à l’esprit quand on évoque l’idée de « tourisme durable ». Au-delà de la définition institutionnelle fournie par l’Organisation mondiale du tourisme[2], l’enjeu est de préciser la signification de cet objectif à Oman et d’interroger cette durabilité. Cet article propose dès lors un état de lieux critique du tourisme durable omanais articulé autour d’une première construction de la « durabilité » fournie par l’industrie touristique et la chasse aux labels, puis l’analyse des deux cas majeurs que sont l’écotourisme et le wellness tourisme, avant d’évaluer les interrogations que suscite une telle conception de la « durabilité ».

La construction d’une « durabilité » :
de l’industrie touristique à la chasse aux labels

Thibaut Klinger

Thibaut Klinger

Ancien élève de l’ENS (Ulm), Thibaut Klinger est historien, professeur agrégé et membre associé de l’Équipe Monde Arabe et Méditerranée (EMAM), de l’Université de Tours et du CNRS.
En 2020, il a soutenu une thèse de géographie sur « l’aménagement du territoire et l’identité nationale du sultanat d’Oman » à l’université de Tours, parue chez De Gruyter.

Le sultanat d’Oman ne s’ouvre officiellement aux touristes qu’en 1983, grâce à la création d’un visa touristique. Cette année-là, les visiteurs étrangers comptent à peine 84 000 personnes. Il faudra attendre une dizaine d’années encore avant que le pouvoir n’insiste sur les bénéfices espérés du tourisme, notamment en 1996 lors de la préparation de la stratégie « Oman Vision 2020 ». Peu de temps après, les touristes sont environ 320 000, 1,6 million en 2008, et 3,2 millions en 2018, à la veille de la pandémie. Cette croissance exponentielle est aussi économique même si les espoirs initiaux en termes de poids économique ne sont pas atteints. Si le revenu produit par l’hôtellerie-restauration a presque sextuplé entre 1999 et 2019, il ne représente que 2,9 % du PIB. Chaque touriste étranger passe en moyenne 8,8 nuits dans le pays et dépense 545 dollars, ce qui représente 25 % de plus que deux ans plus tôt mais reste inférieur aux chiffres attendus. Oman ne fournit pas encore suffisamment d’occasions de dépenser au profit de l’économie locale. En revanche, sur le plan de l’emploi, le secteur occupe 109 000 actifs, soit 43 % des Omanais travaillant dans le secteur privé, le taux d’« omanisation » dans l’hôtellerie est de 31 %, loin devant la moyenne de 12,7 % que présente le secteur privé.

La place grandissante qu’occupe ce secteur se traduit sur le plan institutionnel. À la suite des orientations fixées par le sultan Qābūs dans son discours du 18 novembre 1999, le 6e plan quinquennal de développement économique (2001-2005) intègre le tourisme comme facteur de diversification dans la deuxième phase de la stratégie Oman Vision 2020. Un ministère du Tourisme est créé en 2004, ce qui est une première au sein des pays du Conseil de coopération du Golfe et souligne l’importance accordée à ce secteur, qui n’était représenté jusque-là que par une direction générale au sein du ministère du Commerce et de l’Industrie. La même année, Oman adhère à l’Organisation mondiale du tourisme (OMT). Le 8e plan (2011-2015) mentionne explicitement le tourisme durable.

En 2016 est lancée une nouvelle « National Tourism Strategy » (NTS) par le ministère du Tourisme omanais[3]. Elle est d’abord une stratégie économique sur 25 ans, qui vise à quintupler le nombre annuel de touristes internationaux avant 2040, notamment en faisant d’Oman une destination envisageable toute l’année, contrairement à son image actuelle de destination saisonnière, d’octobre à avril. Le développement du festival « Khareef[4] » dans le Dhofar, s’adressant aux Omanais mais aussi aux touristes du Golfe, va dans ce sens, tout comme la campagne Within Oman, qui offre d’importantes réductions dans l’hôtellerie pour les familles omanaises durant l’été[5]. Ces mesures doivent permettre de créer 500 000 emplois directs dans cet intervalle, dont 75 % pour les Omanais ; le poids du tourisme dans le PIB est censé doubler pour atteindre 6 % (12 % en comptant le secteur et ses effets induits), mais la crise du coronavirus risque de rendre inatteignables ces objectifs dans ce délai[6]. De plus, l’immobilier de tourisme est un vecteur essentiel d’investissements étrangers : c’est le cas des Complexes touristiques intégrés (ITC), réalisés par des grands groupes financiers omanais ou étrangers, qui se distinguent par la possibilité qu’ils offrent aux expatriés vivant à Oman d’acquérir un bien immobilier, ce qui est impossible ailleurs. D’une manière plus générale, le marché des hôtels est en forte croissance, avec une hausse de 5,5 % du nombre d’hôtels de 2016 à 2017, puis de 14,8 % à 2018[7].

Deux grandes stratégies se présentent aux pays qui aspirent à devenir une destination de voyage : soit le tourisme de masse, générateur d’emplois mais aussi d’externalités négatives massives, soit le tourisme sélectif, haut de gamme, qui nécessite de l’expérience et du savoir-faire, et paraît plus respectueux du contexte local à première vue. Dès l’ouverture à ce secteur, le pouvoir omanais a fait le choix de la seconde option : en 1985, il déclare que « ce dont nous parlons, c’est de tourisme maîtrisé » (what we are talking about is controlled tourism[8]), en faisant référence ici aux traditions et coutumes qui risqueraient d’être bousculées par des flux incontrôlés. Ce discours n’est donc pas sans poser de multiples questions par rapport à l’objectif officiel de créer des emplois et à l’absence de tradition dans ce secteur, même si l’on vante l’hospitalité séculaire, et bien réelle, autour de la cafetière traditionnelle ou dalla et des dattes offertes à l’hôte. Le manque de qualification des Omanais dans le management haut de gamme risquait donc de limiter l’omanisation attendue officiellement et de multiplier les constats selon lesquels les emplois du tourisme reviennent plus aux étrangers qu’aux Omanais. On peut s’interroger sur les motivations de ce choix officiel, au-delà des évidentes implications politiques de se limiter à « des élites occidentales fortunées, facilement contrôlables[9] ». Le discours sur la préservation de l’identité omanaise et de la beauté naturelle, évidemment légitime et bienvenu pour ne pas gâcher un potentiel remarquable, permet aussi de préserver une certaine rente pour les acteurs d’un tel tourisme sélectif en évinçant d’autres entrants, notamment les initiatives personnelles, pourtant en cohérence avec l’objectif de développer toutes les régions au profit du plus grand nombre, c’est-à-dire « l’intérêt collectif » qui est au fondement de l’aménagement du territoire. Lorsqu’il précisait les contours du tourisme à promouvoir dans son discours du 18 novembre 1999, lors de la fête nationale, Qābūs cherchait pourtant à associer les deux logiques : « ce secteur a un grand potentiel de croissance et peut contribuer efficacement à la diversification économique puisque notre cher pays possède tant de trésors touristiques avec son patrimoine historique, les beautés de sa nature, la perfection de son environnement, son folklore et son artisanat traditionnel. À cela s’ajoutent la sécurité, la stabilité et l’esprit de tolérance des Omanais, grâce à Dieu ! Le secteur du tourisme est bien approprié pour offrir des chances de carrière aux Omanais. Il est bien adapté pour atteindre les objectifs du développement régional puisque ses revenus profiteront à toutes les régions[10] ».

Ces propos du souverain résument bien le défi du tourisme durable à Oman : des atouts indéniables du patrimoine naturel et historique, un secteur économique prometteur mais aussi une exigence de justice spatiale, au cœur d’un authentique aménagement du territoire. En fait, sans les nommer, Qābūs rappelle les trois piliers du développement durable, à savoir le pilier environnemental, l’économique et le social. Si le tourisme est alors une promesse économique, il est clair dès le début qu’il doit préserver les atouts du pays et être à son service. Une étude récente cherche à faire le bilan de ses effets sur Oman selon ces trois piliers, en adoptant le point de vue de « l’industrie touristique », selon l’expression abondamment utilisée par la littérature anglosaxonne, et en comparant à chaque fois le cas de Dubaï et celui d’Oman : si elle a ses limites, elle peut constituer un début de réponse à la question de la durabilité du tourisme omanais[11].

Sur le plan économique, elle relève que le tourisme omanais reste loin derrière son voisin dubaïote en part de PIB, de poids de l’emploi et en taux d’omanisation, avec le point commun d’une faible motivation des nationaux pour travailler dans ce secteur : c’est clairement une limite à la durabilité économique d’un secteur, qui devait permettre de diversifier l’économie et de réduire la dépendance à la rente des hydrocarbures. Sur le plan environnemental, Oman se distingue non seulement par la variété de son patrimoine mais aussi par l’ancienneté de son souci de préserver ce dernier. Pourtant, elle relève que, comme à Dubaï, les infrastructures hôtelières ont été construites sur le littoral, comme Al-Mawj, Shangri-La Barr al-Jissah ou, en cours, Al-Salam Yītī, et ont bouleversé les données naturelles, en particulier pour la reproduction des tortues marines et d’espèces de poissons comme le kingfish (ou thazard rayé), mais que le sujet n’a pas été étudié scientifiquement. Si elles se veulent durables par l’emploi de telle ou telle technologie moins consommatrice de ressources, elles n’en restent pas moins fortement perturbatrices pour les milieux concernés.

Quant au troisième pilier, l’étude citée n’apporte pas beaucoup d’éléments de réponse, se contentant d’évoquer quelques points de comparaison avec d’autres pays. Elle se limite à reprendre des éléments, courants dans le discours officiel, sur l’attachement d’Oman à son patrimoine matériel et immatériel, loin des « excès » de ses voisins. Par-là, elle a l’intérêt de témoigner d’une conception du tourisme durable qui peine à prendre vraiment en compte le pilier socioculturel, peut-être parce que l’étude de ce dernier requiert une approche des sciences sociales telles que la géographie et l’anthropologie, précisément le point de vue que cette étude ne veut pas prendre pour se limiter au « business » et à ses composantes : « planning, management et marketing des destinations[12] ».

Ce discours officiel aime à présenter les Omanais comme un peuple caractérisé par l’ouverture sur le monde, enraciné dans la tradition d’échange avec les autres rives de l’océan Indien[13] et par la tolérance, qui serait issue de l’ibadisme, rameau de l’islam présent à Oman. Pour une part, cela repose sur des bases historiques : dans les années 1970, Fredrik Barth avait décrit le pluralisme culturel qu’il observait dans la ville portuaire de Ṣuḥār, et avait analysé le tact avec lequel les Omanais accueillent l’autre, étranger ou non, comme une véritable « idéologie de la politesse[14] ». Quarante ans plus tard, Jeremy Jones et Nicholas Ridout ont analysé la « culture de diplomatie » profondément ancrée dans le peuple omanais, non pas selon un point de vue essentialiste mais comme fruit concret de formes d’organisation sociale, sur le littoral mais aussi dans l’Intérieur, notamment autour du système d’irrigation des palmeraies[15]. Pour une autre part, il y a là un élément de « tradition inventée », non que ces qualités n’existent pas, mais elles sont aussi le fruit d’une reconstruction et d’un récit national récent[16]. Il y a là une forme d’influence sur les mœurs exercée par le tourisme. Même le fait d’offrir du café et des dattes, présenté aujourd’hui aux touristes comme la manifestation typiquement omanaise de l’hospitalité arabe, n’est un rituel commun que depuis la modernisation connue depuis 1970 : si son commerce était très ancien, le café était un produit relativement cher et donc exclu d’une consommation quotidienne[17].

S’ils sont souvent imparfaits, les critères de notation et de labellisation offrent un premier point de vue pour évaluer la durabilité du tourisme développé par Oman. L’année 2020 lui a ainsi apporté la consécration puisque l’Euromonitor International, agence de classement et d’analyse de Londres, a placé le sultanat au premier rang au sein des pays du Golfe pour son Sustainable Travel Index 2020, à la 3e place pour le monde arabe, derrière la Jordanie et Israël, même si ce n’est qu’à la 57e sur 99 au niveau mondial. Cet index ne se limite pas à l’aspect environnemental puisqu’il repose sur sept critères pondérés pour établir la note finale, à savoir la prise en compte de l’environnement, la durabilité sociale qui inclut qualité de vie et bien-être de la population, la durabilité économique, la capacité du pays à gérer les risques naturels ou géopolitiques tel le terrorisme, la capacité du pays à développer une industrie du tourisme pérenne et solide, l’équipement en infrastructures de transport et l’équipement varié et éco-responsable en hôtellerie[18].

Selon ces critères, Oman est bien engagé sur la voie du tourisme durable à l’échelle régionale. Au-delà de l’attention à l’environnement, on voit que la stabilité institutionnelle et le caractère paisible du pays, mis en avant dans le discours officiel, y contribuent fortement. Selon le classement du Forum économique mondial de 2019, Oman est la 2e destination touristique la plus sûre au monde, derrière la Finlande et à ex aequo avec l’Islande, ce qui en fait la plus sûre du Moyen-Orient et Afrique du Nord, devant les Émirats arabes unis (7e)[19].

À un niveau plus modeste, labels et prix offrent des éléments en apparence objectifs pour apprécier le caractère durable du tourisme omanais et ils contribuent au branding, qui s’impose notamment dans le tourisme, puisqu’il s’agit de « vendre » la destination « Oman ». Un prix national avec plusieurs catégories est décerné chaque année par le ministère de l’Environnement et des Affaires climatiques avec l’intitulé d’Oman Green Award for Sustainable Development et, en 2011, l’une des neuf catégories, le Green Guardian Award est décerné au ministère du Tourisme pour la prise en compte des valeurs environnementales dans le développement de son action, la planification, le marketing et l’éducation de communautés locales[20]. L’agence Omran, sur laquelle nous reviendrons, dont le rôle clé a été déjà souligné, est distinguée en 2019 comme World’s Leading Tourism Development Company au sein des World Travel Awards, prestigieux pour les acteurs de l’industrie du tourisme. Si elle ne porte pas spécifiquement sur le développement durable, cette distinction vient s’ajouter aux autres pour donner l’image d’une industrie touristique performante, reconnue internationalement, le caractère durable étant alors sous-entendu. Ces prix ont des déclinaisons thématiques et régionales, comme la liste des « nominés », présentés comme une médaille d’argent, qui permet d’ajouter des distinctions aux brochures publicitaires. Bien qu’elles ne concernent pas directement le développement durable, elles donnent le sentiment d’un développement de qualité maîtrisé.

À l’échelle plus locale, des équipements sont distingués ou labellisés, ce qui est présenté comme un gage de durabilité. Comme pour les précédents, les prix peuvent être locaux ou internationaux : le Salalah Beach Resort (ou ITC Hawana) de Muriya Tourism Development reçoit le Green Landscape Award omanais en 2011[21], tandis que l’hôtel haut de gamme Six Senses Hideaway reçoit l’Estidama Sustainability Award (Estidama étant la transcription anglaise du mot arabe « durable »), organisé par l’émirat d’Abu Dhabi[22] pour encourager la construction de bâtiments dans une logique durable. Celle-ci ne se limite pas à l’utilisation de matériaux recyclés, de technologies permettant de réduire la consommation d’énergie ou d’eau mais inclut la réflexion sur l’environnement immédiat, naturel et humain[23]. Le label américain LEED (Leadership in Energy and Environmental Design) est prisé pour montrer le soin apporté aux caractéristiques écologiques des bâtiments, mais il n’engage pas sur l’activité elle-même[24]. Omran s’enorgueillit ainsi d’avoir obtenu le label LEED Silver pour l’hôtel de luxe Alila Jabal Akhdar en 2015, le LEED Gold pour son Oman Convention & Exhibition Centre (OCEC) en 2018 et son hôtel W Muscat en 2020. La course à ce label n’est pas sans poser des questions sur ce qu’on entend par « tourisme durable » : elle met en avant une durabilité « high-tech », qui met en œuvre des techniques et matériaux réduisant la consommation d’eau et d’énergie mais n’exclut pas le bouleversement du cadre environnemental et social initial.

L’écotourisme et le wellness tourism :
deux exemples-phare du tourisme durable à Oman

Au sein des pays du Golfe, Oman se distingue doublement. Son environnement se caractérise d’abord par sa diversité et sa richesse, grâce à son étendue, à la présence de reliefs comme l’Akhdar, qui offre, avec l’altitude, un climat de type méditerranéen, propice à l’agriculture, et à la présence de la mousson dans la province méridionale du Dhofar. Oman a aussi pris plus tôt que ses voisins des mesures destinées à préserver ces richesses tout en permettant le développement économique. Dès 1979 sont créés un Environment Protection and Pollution Control Council, puis un ministère de l’Environnement en 1984, qui change ensuite de dénomination, intégrant notamment les « Affaires climatiques ». Pour éviter l’extinction d’espèces comme dans les pays voisins, la chasse au gibier (notamment gazelles et oryx) est interdite et des réserves naturelles établies. En 2001 est promulguée une « loi sur la préservation de l’environnement et la prévention de la pollution » qui introduit le principe du pollueur-payeur. Sur le plan international et symbolique, le souverain fonde en 1989 un « Sultan Qaboos Environment Award » (d’un montant initial de 70 000 dollars, porté à 100 000 dollars ensuite), premier de ce genre dans un pays arabe : il est décerné tous les deux ans par l’Unesco et manifeste très officiellement l’attention aux richesses naturelles. Le prix distingue les individus, groupes, institutions et organisations pour des « efforts particuliers dans le domaine de la gestion et de la préservation de l’environnement[25] ». Cette situation spécifique du sultanat lui assure des atouts naturels dans les secteurs particulièrement mis en avant par le tourisme durable, l’écotourisme et le wellness tourism.

L’écotourisme est une modalité particulièrement en vogue pour chercher à réaliser les objectifs de développement durable grâce au tourisme : en 2002, il a été mis en avant par les Nations unies avec une Année internationale de l’Écotourisme et la fondation d’une revue spécialisée à comité de lecture Journal of Ecotourism. Les auteurs s’accordent globalement pour y voir trois caractères principaux, les attractions proposées reposent principalement sur la nature, elles ont un caractère pédagogique sur la relation à la nature et leur management doit suivre les grands principes du développement durable[26]. À Oman, il offre des attractions reposant sur une richesse naturelle particulièrement remarquable (baleines, tortues, dauphins, oiseaux, paysages de wadis, montagne, grotte, dunes de sable), une action officielle de préservation et de conservation (15 réserves naturelles dont le sanctuaire de l’oryx, les îles Daīmāniyāt et la réserve des tortues marines de Rā’s al-Jinz, interdiction générale de la chasse), un effort pour éduquer et informer sur ces richesses (par exemple aux grottes Al-Hūta) et le souci de répartir équitablement les revenus engendrés[27]. Pour ce dernier point, le bilan est contrasté à Oman et sera abordé plus bas. Par ailleurs, la réalité de la protection assurée par les réserves naturelles et de leur articulation à la mise en valeur touristique mériterait une étude plus précise : l’exploitation pétrolière a conduit, par exemple, à retirer la réserve de l’oryx de la liste du patrimoine de l’Unesco en 2007. La réserve des tortues marines peine à attirer les touristes tout en protégeant les animaux. Le gouvernement a récemment classé réserve naturelle 60 % du gouvernorat de Musandam, qui contrôle le golfe d’Ormuz. S’il s’agit officiellement de préserver la nature et d’attirer des touristes amoureux de celle-ci, notamment en espérant que le gouvernorat devienne une destination pour les familles[28], on peut néanmoins se demander si cet objectif est réaliste lorsqu’il faut un trajet de 5-6 heures de route depuis Mascate, incluant un transit par les Émirats, ou un trajet d’un peu plus de 7 heures pour 140 euros par personne environ par le nouveau ferry rapide. Par ailleurs, cette protection remettra-t-elle en cause les usages de la population locale, par exemple la pêche à laquelle s’adonnent les fonctionnaires de Khaṣab en complément de leur activité, une fois le travail terminé, en début d’après-midi ?

De ce rapide tableau ressort le fait qu’Oman a de réels atouts, tant par la richesse de son environnement que par la prise de conscience ancienne et forte de la nécessité de la préserver. Pourtant, l’articulation entre la législation de préservation déjà existante et une politique de mise en valeur touristique présente encore des faiblesses et nécessite des études fines préalables. Cette nécessité s’appuie sur le fort taux d’échec des petites structures d’écotourisme à travers le monde et sur l’attention à porter aux attentes des écotouristes, qui diffèrent selon leur origine : pour certains auteurs, il s’agit d’un secteur fondamentalement occidental, pour d’autres, il y a un marché spécifique en provenance de l’Asie du nord-est, davantage attachée à la végétation et à la géologie qu’au monde animalier, ce qu’évoque l’expression de « région des fleurs et des chutes d’eau » (blossom and waterfall region)[29]. C’est évidemment un élément à prendre en compte sachant que sur 3,919 millions de touristes recensés en 2019, 17 % venaient d’Asie, 12,3 % du Golfe et des autres pays arabes, Oman non compris, 25,5 % d’Europe[30]. Un même lieu naturel attire différents clients selon la saison : le Dhofar offre un hiver doux et ensoleillé aux Européens, une mousson d’été humide et fraîche aux populations d’Oman et de la région qui fuient la chaleur. Il s’agit aussi de veiller à ce que l’afflux de touristes ne bouleverse les équilibres fragiles tant sociaux qu’environnementaux, comme cela a pu être observé parfois, avec la gêne des activités quotidiennes (baignade, lessive au mujāza, espace collectif de bain pour les femmes aménagé en amont des canaux d’irrigations ou ‘aflāj) à Misfāa al-‘Abriyīn[31] ou la cueillette abusive de fruits par les visiteurs en promenade dans les vergers du plateau de l’Akhdar[32]. Le même constat est fait pour l’étude qui analyse la mise en valeur potentielle du village d’Al-Sawjara, également dans l’Akhdar[33]. Ces derniers exemples associent site naturel remarquable et villages anciens, ce qui témoigne de la prise en compte croissante du patrimoine culturel par l’écotourisme[34] et du nouvel intérêt des Omanais pour les anciens quartiers d’habitation[35].

Depuis une dizaine d’années, le patrimoine naturel est exploité également par le wellness tourism ou « tourisme de bien-être », ou « tourisme de détente » comme le dit l’arabe (siyāḥat al-’istijmām). Selon le Global Wellness Institute, cette forme de tourisme est la rencontre entre l’essor du tourisme, qui produit 2 600 milliards de dollars en 2017, et celui de « l’économie de bien-être » ou 4 500 milliards de dollars à la même date. Elle regroupe les formes de voyage qui visent à conserver ou améliorer son bien-être personnel. Là où un voyage peut apporter stress, alimentation plus riche et plus abondante, boissons alcoolisées et rupture avec de saines habitudes, le tourisme de bien-être est censé permettre régénération, élimination de graisses ou toxines, relaxation, activités saines, temps de réflexion[36]. Son effondrement pendant la pandémie du Covid-19, comme celui du tourisme en général, devrait être rapidement comblé et le secteur renouer avec la forte croissance qui le caractérisait (+8 % annuellement). Ce tourisme se distingue du tourisme médical, de même que le wellness se distingue de la santé (health). Deux types de touristes se différencient (mais une même personne peut être l’un ou l’autre selon les circonstances), ceux qui voyagent avant tout pour le bien-être et ceux pour qui cet aspect vient compléter un séjour de loisir ou d’affaires : ces derniers sont les plus nombreux.

Le Moyen-Orient et nord de l’Afrique ne représente qu’une part infime de ce marché au niveau mondial, 1,3 % seulement des voyages ou arrivées en 2017, 1,7 % des recettes, mais Oman se classe au 7e rang des pays de cette région pour le volume global des recettes. Le pays est très loin des premiers du classement, puisque les Émirats arabes unis ou le Maroc accueillent 5 à 6 fois plus de touristes de cette catégorie et le volume de leurs recettes est 4 à 9 fois supérieur. Certains ont une tradition dans ce secteur, avec les bains d’eau chaude, de sable ou d’eau soufrée en Égypte, le thermalisme tunisien et algérien construit sur le modèle français, le secteur du spa représenté par les Émirats et le Qatar. Oman commence à promouvoir ses sources chaudes, sa nature notamment dans le Dhofar. L’enjeu n’est pas négligeable puisqu’un séjour à Oman pour le bien-être entraîne une dépense moyenne environ 60 % supérieure à celle d’un séjour touristique classique : il y a donc là un créneau permettant de valoriser l’atout naturel du pays en une production de richesse durable.

D’une manière générale, le wellness tourism est pleinement en phase avec les choix faits à Oman, d’un côté avec le patrimoine naturel du pays, de l’autre avec une infrastructure hôtelière haut de gamme, qui peut offrir des services correspondant à ce secteur, comme les spas, saunas, piscines privées, restaurant tenu par un chef étoilé et activités de relaxation ou de méditation. Ces aspects sont de plus en plus mis en avant par la promotion des sites omanais, par exemple par les deux sites emblématiques que sont l’hôtel Six Senses Zighy Bay de Dibba, dans le gouvernorat de Musandam, et l’Anantara Al Jabal Al Akhdar Resort dans le massif de l’Akhdar[37]. Sur son site, le premier se présente dans le cadre d’une baie d’eau couleur émeraude, découpée par le relief montagneux, à proximité d’un village « authentique », lieu pour pratiquer des activités comme la plongée ou le parapente, voire le yoga. Un séjour dans cet hôtel est censé comprendre « de magnifiques moments qui vous immergent dans la vie et la culture locales jusqu’aux plaisirs inattendus et sensations de mieux-être après une expérience de wellness » (from beautiful moments that immerse you in local life and culture to unexpected delights or feeling your best after a wellness experience[38]). Le deuxième multiplie les évocations renvoyant au bien-être et propose un « wellness menu » dont le titre est « votre sanctuaire de bien-être, dans en haut des montagnes de l’Al-Hajar » (your wellness sanctuary high in the Al Hajar mountains ) : « sérénité au sommet de la montagne » (mountaintop serenity). Selon les options, sur un ou plusieurs jours, le client peut panacher spa, hammam, massages avec eau de rose de la région, huile avec l’encens du pays et méditation[39]. Ces remarques valent aussi pour le tourisme domestique, y compris dans sa forme familiale. Le programme WithinOman, qui propose des promotions d’hôtellerie aux familles omanaises pendant l’été, est également influencé par ce secteur. Pour sa 4e édition, en 2022, Omran propose ainsi quatre « packages » intitulés « Revive », « Enjoy, « Relax », et « Chill » : si wellness n’y est pas formellement, l’esprit est bien le même, adapté à des budgets plus modestes[40]. La limite du wellness n’est pas précise : ce type de tourisme est aussi en continuité avec celui qui propose des activités d’aventure en nature, clairement visé par la National Tourism Strategy (NTS), lancée en 2016 pour réaliser la Vision 2040 du tourisme. Le programme chargé de la mettre en œuvre, intitulé Tanfeedh (« mise en œuvre » en arabe), a ainsi mentionné spécifiquement les activités dans la nature comme un secteur prometteur à Oman, allant du sport à la méditation[41]. En 2018 a été lancé le chantier d’un Green Peak Adventure Resort, ouvert depuis sous le nom de « dusitD2 Naseem Resort ». II propose diverses activités de découverte de la nature et d’« aventure » près du sommet de l’Akhdar.

Interrogations sur la durabilité à l’omanaise

Gouvernance plus inclusive ou préservation des positions ?

Dans les pays occidentaux, la réflexion sur le développement durable et, en particulier, le tourisme durable, ainsi que sur le branding qui l’accompagne, est généralement présentée comme une occasion de renouveler le débat démocratique et de nouvelles formes de participation de la population à la prise de décision. À Oman, deux éléments donnent un caractère particulier à cette évolution. D’un côté, une monarchie absolue où n’existent ni partis, ni impôts locaux, ni collectivités locales avec des élus. Le pays présente ainsi des outils de consultation locale, appuyée sur une tradition plus ou moins ancienne, qui permettent une forme de participation à la décision politique, même si c’est d’une manière peu visible pour un observateur occidental. D’un autre côté, les diverses stratégies comme Vision 2040 ou la stratégie pour le tourisme sont l’occasion d’organiser des consultations nouvelles avec workshops et échanges préparatoires : c’est là un caractère de la gouvernance néolibérale urbaine, qui se présente comme capable d’offrir une approche de l’aménagement plus inclusive, non-hiérarchisée et participative[42], ce qui lui donne une apparence compatible avec le volet social du développement durable, qui appelle à impliquer les populations locales.

L’évolution de cette gouvernance est plus ambiguë. Elle s’accompagne, en 2005, de la création de l’agence gouvernementale Omran (Oman Tourism Development Company, Omran étant la transcription anglaise de l’arabe ‘umrān « civilisation »). En 2014, celle-ci voit ses attributions élargies avec la mission de développer les infrastructures touristiques pour le compte du ministère du Tourisme omanais et la mise en œuvre de la NTS (National Tourism Strategy)[43]. Omran gère ainsi un portefeuille d’hôtels et de sites. Cette évolution donne l’impression que la structure étatique est doublée ou court-circuitée par une agence spécialisée : c’est une évolution qui n’est pas propre à Oman et qu’on appelle « agencification ». C’est ainsi que, jusqu’en 2021, le conseil de direction d’Omran comprenait quatre ministres, avec le ministre du Commerce et de l’Industrie, le ministre responsable des Affaires financières, le ministre du Tourisme, le ministre du Logement, et semble former un second gouvernement avec les secteurs stratégiques du développement économique : le slogan « La croissance par le tourisme » (Growth through tourism) qui figure sur la plaquette institutionnelle résume ce caractère stratégique. Selon le site officiel, Omran est « le bras exécutif du sultanat » dans le domaine du tourisme. La création de nouvelles structures parallèles aux ministères existants se retrouve dans d’autres pays de la région, par exemple avec le Council of Economic and Development Affairs en Arabie saoudite, l’Economic Development Board à Bahreïn les Departments of Economic Development aux Émirats arabes unis[44]. Le cas omanais semble ici comparable aussi à celui du Maroc. Le grand projet d’aménagement de la vallée du Bouregreg à Rabat, tourné vers le tourisme, est ainsi confié à une agence spéciale, comme c’est le cas, pour d’autres secteurs, de l’Agence spéciale Tanger Méditerranée (TMSA)[45]. Comme au Maroc, l’agencification présente l’avantage, pour le pouvoir omanais, de donner le sentiment d’un passage d’un dirigisme étatique autoritaire à une gouvernance inspirée de l’entreprise, ce qui n’empêche pas, au contraire, le maintien du contrôle de l’État. La nouvelle équipe mise en place en 2021 autour du nouveau directeur-général Hāshil b. ‘Ubaīd Al-Maḥrūqī et du président Muḥāmmad b. Sālim Al-Būsa‘īdī semble davantage composée d’experts de la finance omanaise ou d’entreprises.

Aujourd’hui, le secteur du tourisme est structuré autour de trois types d’acteurs : le ministère du Patrimoine et du Tourisme (Ministry of Heritage and Tourism) confié en 2020 à Sālim b. Muḥammad Al-Maḥrūqī, qui était sous-secrétaire d’État de ce ministère depuis dix ans. Ce ministère reprend l’ancien ministère du Patrimoine et de la Culture auquel s’ajoute l’ancien ministère du Tourisme[46]. Le deuxième, Omran, est donc officiellement le « bras armé du sultanat », laissant au ministère, semble-t-il, un rôle essentiellement de régulation. Le troisième type d’acteurs regroupe ceux qui gèrent l’arrivée des touristes à Oman, c’est-à-dire Oman Airports pour les aéroports de Mascate et de Salalah et, de manière plus limitée, ceux de Ṣuḥār, Khaṣab et Duqm ; Marafi pour les ports de croisière de Mascate et Salalah ; la Royal Oman Police (ROP) pour les postes frontières terrestres. L’ensemble reste donc concentré dans les mains du pouvoir.

Aménagement du territoire ou exclusion territoriale ?

Quand on parle de tourisme durable omanais, le discours officiel et de nombreuses publications du sultanat, y compris celles d’universitaires du pays[47], énumèrent les normes qui protègent le patrimoine naturel du pays, les labels qui certifient que les bâtiments sont économes en énergie ou recyclent les eaux usées, ou mettent en avant un souci de qualité esthétique, censée recréer l’Arabie des Mille-et-une-nuits et correspondre au slogan promotionnel officiel « La beauté a une adresse ». C’est là une approche technique qui a ses vertus mais qui sert aussi à réserver l’essentiel de l’activité du secteur à l’élite économique autour du monarque, sous couleur de durabilité, comme le montrent plusieurs exemples. Dans l’ouest de l’agglomération de la capitale, au sein du vaste projet de Madinat al-Irfan qui bouleverse complètement tout un wadi, l’équipement phare, l’Oman Convention & Exhibition Centre (OCEC), a reçu la certification américaine LEED Gold. Lors de sa conception, le vaste Complexe touristique intégré (ITC) The Wave visait aussi la certification LEED[48], mettant en avant la conception élaborée de ses bâtiments, tout en incarnant le bouleversement complet d’un littoral et de sa population. Cette discordance pose, entre autres, la question plus large de la nature de l’éco-innovation dans les aménagements touristiques durables : les labels privilégient leur caractère technologique alors que l’innovation durable peut être relative, consistant moins en l’emploi de nouvelles technologies sophistiquées qu’en la diffusion de pratiques nouvelles pour la population locale[49].

Ces labels permettent de « verdir » de grands équipements qui, fondamentalement, bouleversent les lieux, s’adressent très médiocrement aux populations locales et sont l’occasion de beaux marchés pour les entreprises de l’élite économique. Le projet « Sustainable City Yiti » résume tous ces caractères. Il est situé dans le khawr[50] de Yītī, sur le littoral à l’est de la capitale, dont l’accès est progressivement largement privatisé par une série d’équipements touristiques haut-de-gamme. À la fin des années 2000, un premier projet d’ITC baptisé « Salam Yiti » est lancé par Sama Dubai, qui commercialise la marque « Salam » et est une filiale de Dubai Holding, directement aux mains de l’émir souverain de Dubai. Des premiers travaux de terrassement ont eu lieu, bouleversant une partie du site pour créer une marina et deux futures îles artificielles, tandis que le cours d’un des wādīs est redressé. La crise financière conduit à l’arrêt des travaux en 2009. Un nouveau projet est annoncé avec la préparation de la Vision 2040 en 2018. En 2022, le projet est devenu celui d’une ville durable. Une immense maquette impressionnante est exposée dans un vaste showroom, abrité par un bâtiment blanc avec coupole vitrée. Il s’agit d’une construction provisoire, sur la pointe qui ferme la baie de Muṭṭraḥ, à côté du parc Riyām : la localisation du showroom et la vue dont on bénéficie depuis sa terrasse témoignent d’une évidente promotion au plus haut niveau du projet, désormais porté par Omran et par Diamond Developers, groupe dubaïote spécialisé dans les villes durables. Ce dernier point explique sans doute la nouvelle appellation qui donne une certaine ambiguïté : « The Sustainable City Yiti » fait oublier qu’il s’agit bien d’un projet du type ITC, permettant aux étrangers d’acquérir un bien immobilier. La plaquette de présentation[51] précise ce qui en fait une ville durable : on retrouve le point de vue technologique des labels. Si le khawr est totalement bouleversé et artificialisé, le projet prévoit notamment le recyclage des eaux, des bâtiments optimisés, des bornes de recharge pour les véhicules électriques, des énergies renouvelables. Sur le plan économique, on avance en particulier la création d’emplois, une économie circulaire, la promotion de l’économie locale. Sur le plan social, une mosquée « durable », un centre pour les autistes, des équipements permettant la pratique du sport, de la marche, du cheval.

Au vu des explications obtenues sur place[52], le projet s’adresse massivement aux expatriés, qui y trouveront toutes les commodités pour la vie professionnelle et familiale. C’est typiquement un projet massif pour Oman, qui mobilise les grands groupes du pays, mais ne s’adresse pas vraiment à la population locale (environ 2 600 habitants pour Yītī). Il conduit même à une éviction de celle-ci en plusieurs étapes. À la suite des destructions occasionnées par le cyclone Gonu en 2009, une partie a été relogée sur les hauteurs d’une colline, d’où le nom donné au lotissement, Yītī al-Murtafa‘a (« Yītī la haute »), avec l’argument d’éviter une nouvelle catastrophe. Cette relocation s’est faite avec dédommagement, la construction de maisons esthétiquement soignées autour d’un fort rénové. Les habitants ont ainsi perdu leurs villages à proximité de la mer, alors qu’ils sont souvent habitués à tirer un revenu complémentaire de la pêche. Le chantier a d’abord gêné leur activité par les détritus et restes abandonnés sur la plage utilisée par les pêcheurs[53], et la reprise des travaux conduit désormais à clôturer totalement la baie et à interdire l’accès à la mer au moins jusqu’à l’achèvement des travaux, prévu pour 2025[54]… L’affirmation selon laquelle ils pourraient vendre leurs poissons dans les commerces locaux, après avoir perdu tout accès à la mer d’ici-là paraît dès lors moins convaincante.

L’évolution observée à Yītī n’est pas le seul exemple d’éviction territoriale par le tourisme, soit par ses équipements, soit par ses flux. Manuela Gutberlet a montré comment l’afflux ponctuel de croisiéristes débarquant à Muṭṭraḥ avait profondément dénaturé le souk de la ville : alors qu’il était prisé des Omanais, y compris de l’Intérieur, il a été progressivement délaissé pour éviter les foules de touristes, ce qui a conduit au remplacement de boutiques traditionnelles par des marchands asiatiques vendant des souvenirs d’une authenticité douteuse, copies de maigre qualité. La sociabilité en a été bouleversée : Gutberlet note l’agressivité des nouveaux vendeurs face à la faible propension à acheter des touristes de passage, qui tranche avec la convivialité de ce lieu de sociabilité traditionnel[55]. L’évitement des endroits à haute fréquentation se produit aussi dans les wadis, occasionnant parfois des heurts : l’habitude des familles d’y pique-niquer est bouleversée par le comportement de certains touristes, notamment allemands, profitant de l’eau pour se baigner ou exposer leur nudité. Des incidents ont eu lieu sur ce sujet dans le wadi Banī Khalid ou sur la plage de Yītī, avec des pêcheurs, outrés du comportement des baigneurs, à l’époque où le site était encore accessible. Les tenues particulièrement décolletées des croisiéristes en escale à Muṭṭraḥ sont un sujet inépuisable d’échanges sur les réseaux sociaux. En 2019, le ministère du Tourisme avait ainsi appelé les touristes du Khaleef festival à garder une tenue « pudique », selon les normes pourtant libérales d’Oman[56].

Conclusion

Chronologiquement, la durabilité du tourisme renvoie d’abord à la diversification économique, qui doit sortir le pays de la dépendance à la rente pétrolière, et à un rapport « raisonnable » à un patrimoine naturel. Notre étude a souligné l’indéniable dynamisme du tourisme durable omanais, qui tire parti d’une nature qui fait la réputation du pays, souvent dans un cadre esthétiquement soigné, ce qui est l’une des marques de fabrique de la modernisation menée par le sultan Qābūs de 1970 à sa mort en 2020. L’écotourisme et le wellness tourism, formes majeures du tourisme durable à travers le monde, se développent rapidement dans le sultanat. Pourtant ces succès bien réels ne sont pas sans susciter de nombreuses interrogations. L’évolution de la gouvernance qui en découle ne cherche-t-elle pas à préserver des rentes ? S’agit-il vraiment d’aménagement du territoire ou les projets ne conduisent-ils pas à une forme d’exclusion territoriale des populations locales ? Au-delà des critères purement techniques de durabilité et d’une version high-tech de celle-ci, l’analyse géopolitique qui a été menée soulève la question des enjeux de pouvoir : le discours sur le développement durable sert largement à défendre le contrôle d’une élite sur les ressources du territoire, en l’occurrence son exploitation touristique, en utilisant des concepts en phase avec les attentes internationales. En cela, Oman n’est pas un cas isolé[57]. Le risque est que se renouvelle ce qu’analysait Marc Valeri sous l’expression de « paradoxe de Ṣoḥār[58] » : les principaux mouvements de protestations du « printemps arabe » à Oman ont eu lieu à Ṣoḥār alors que la ville avait bénéficié d’un véritable effort d’investissement. Mais celui-ci a plus profité aux grands groupes nationaux ou étrangers qu’aux Omanais locaux.

Notes :

[1] “Wild, open deserts, vast mountain ranges, a shimmering coastline, and vibrant cities make it a prime destination for those looking to experience a country with strong cultural heritage”, Best in travel 2022: Top 10 countries, Lonlyplanet.com, https://www.lonelyplanet.com/best-in-travel/countries, consulté le 28 avril 2022.

[2] « Un tourisme qui tient pleinement compte de ses impacts économiques, sociaux et environnementaux actuels et futurs, en répondant aux besoins des visiteurs, des professionnels, de l’environnement et des communautés d’accueil ».

[3] Oxford Business Group, The Report. Oman 2017, Londres: Oxford Business Group, 2017, pp. 216–217.

[4] Ensemble de festivités destinées à un public familial, qui tire son nom du mot arabe « khareef » qui désigne l’automne, à Oman l’époque de la mousson humide, qui touche le Dhofar de juin à septembre.

[5] La campagne est pilotée par OMRAN : https://omran.om/withinoman, consulté 05 mai 2022

[6] Sur le tourisme au lendemain de la crise sanitaire, on peut se reporter sur l’étude de l’influence sur la reprise de cette activité par les « tours virtuels » mis en place par plusieurs sites touristiques à travers le monde, celui de Bahlā’ pour Oman : Osman El-SAID et Heba AZIZ, “Virtual Tours a Means to an End: An Analysis of Virtual Tours’Role in Tourism Recovery Post COVID-19“, Journal of Travel Research, mars 2021, pp. 1–21. https://doi.org/10.1177/0047287521997567

[7] Oxford Business Group. The Report. Oman 2020, Londres: Oxford Business Group, 2020, p. 202.

[8] Article du Middle East Economic Digest (MEED) du 27 juillet 1985 cité par B.R. PRIDHAM, “Oman: Change or Continuity”, in Ian RICHARD NETTON (ed.), Arabia and the Gulf: From Traditional Society to Modern States, 132–155, Buckenham: Croom Helm Ltd, 1986, p. 144.

[9] Marc VALERI, Le Sultanat d’Oman. Une révolution en trompe-l’œil, Paris : Karthala, 2007, p. 410.

[10] Qaboos b. SAID, The Royal Speeches of His Majesty Sultan Qaboos bin Said 1970-2010 (CD-Rom), Mascate : Ministry of Information Sultanate of Oman, 2010, p. 409.

[11] Ammar Abdulrahman AL-BALUSHI et Nicholas WISE, “Planning for Tourism in Oman based on Lessons from Dubai: Overviewing Economic, Environmental and Sociocultural Impacts”, in Hamed ALMUHRZI, Hafidh ALRIAMI et Noel SCOTT (dir.), Tourism in the Arab World: An Industry Perspective, Bristol: Channel View Publications, 2017, p. 87 –103, https://doi.org/10.21832/9781845416157-007. Cette étude témoigne à plusieurs titres de l’enracinement et de « l’omanisation » de l’industrie touristique à Oman puisque Hamed Al-Muhrzi et Hafidh Al-Riyami sont omanais, enseignants-chercheurs au Rustaq College of Applied Sciences et coordonnent ce volume qui porte sur le monde arabe.

[12] Introduction à l’ouvrage p. 1.

[13] Ce que l’on a appelé la Dhow culture, du nom de ce type de navire à voile présent dans le Golfe et dans l’océan Indien jusqu’au XXe siècle, voir Abdul SHERIFF, Dhow Cultures of the Indian Ocean: Cosmopolitanism, Commerce and Islam, Londres : C Hurst & Co Publishers, 2010.

[14] Fredrik BARTH, Sohar, Culture and Society in an Omani Town, Baltimore: The Johns Hopkins University Press, 1983, p. 7 et 98.

[15] Jeremy JONES et Nicholas RIDOUT, Oman, Culture and Diplomacy, Edimbourg: Edinburg University Press, 2012, p. 39–40.

[16] Pour une analyse du caractère de « tradition inventée » de la tolérance, voir Annelle R. SHELINE, “Ibāḍism and the Tradition of Tolerance in Oman”, in Abdulrahman Al-Salimī et Reinhard Eisener, Hildesheim, Zurich (ed.), Oman, Ibadism and Modernity, New York: Georg Olms Verlag, 2018. pp. 337–346.

[17] Mandana E. LIMBERT, In the Time of Oil. Piety, Memory, and Social Life in an Omani Town. Stanford: Stanford Universiy Press, 2010, p. 62.

[18] Caroline BREMNER et Stephen DUTTON, Top Countries for Sustainable Tourism: Embracing a Green Transformation for Travel Recovery, Londres: Euromonitor International, 2021, p. 2 et pp.32–36.

[19] Lauren Uppink CLADERWOOD et Maksim SOSHKIN, The Travel & Tourism Competitiveness Report 2019. Travel and Tourism at a Tipping Point, Genève, World Economic Forum, 2019, p. 71.

[20] Omantourism. 2011, “Tourism Ministry gets Oman Green Award for sustainable development”, Communiqué du 8 juin 2011, bit.ly/3Hm616E, consulté le 5 mai 2022.

[21] Omantourism. 2011, op.cit.

[22] Il est intéressant de voir que ce prix a été décerné à un hôtel situé à Dibba, dans la baie de Dhāghī, qui appartient au gouvernorat de Musandam mais n’est facilement accessible par la route que par les émirats arabes unis.

[23] Andy SAMBIDGE, “Oman tourism resort wins first eco-friendly award: Zighy Bay scoops inaugural prize for sustainability from Abu Dhabi planning chiefs”, Arabian Business, 14/11/2008,  https://www.arabianbusiness.com/industries/travel-hospitality/oman-tourism-resort-wins-first-eco-friendly-award-82869, consulté le 5 mai 2022.

[24] La certification LEED a été créée aux états-Unis en 1998 par l’US Green Building Council. Elle comprend quatre niveaux, LEED certifié, LEED argent, LEED or et LEED platine, correspondant chacun à un total de points. Celui-ci prend en compte sept critères, la préservation de la faune et de la flore, l’accessibilité aux transports en commun et aux modes de déplacements écologiques, une consommation d’eau la plus faible possible, les performances énergétiques, le choix des matériaux, la qualité de vie des occupants et l’innovation mise en œuvre. Voir https://www.usgbc.org/leed,  consulté le 5 mai 2022.

[25] https://en.unesco.org/sites/default/files/sqp_ie.2019.onl_.pdf, consulté le 5 mai 2022.

[26] Voir le bilan de David B. WEAVER et Laura J. LAWTON, “Twenty years on: The state of contemporary ecotourism research”, Tourism Management 28-5, 2007, pp. 1168–1179. https://doi.org/10.1016/j.tourman.2007.03.004.

[27] Hafidh Al-RIYAMI, Noel SCOTT, Ahmad RAGAB et Jafar JAFARI, “Sustainable tourism in Oman: lessons for the Gulf Cooperation Community Region”, in M. L. Stephenson et A. Al-Hamarneh (ed.), International Tourism Development and the Gulf Cooperation Council States: Challenges and Opportunities,  Abingdon on Thames: Taylor & Francis, 2017, https://doi.org/10.4324/9781315776576-10

[28] “Nature reserve in Musandam to boost tourism, environmental diversity”, Muscat Daily, 30 juin 2022.

[29] David B. WEAVER et Laura J. LAWTON, “Twenty years on: The state of contemporary ecotourism research”, Tourism Management 28-5, 2007, pp. 1168–1179. Pages 11–12 de la version pdf disponible à http://hdl.handle.net/10072/26545.

[30] NCSI, Statistical Year Book 2021, Issue 49, Mascate : National Centre for Statistics & Information, 2021, p. 443.

[31] Soumyen BANDYOPADHYAY, Al-Hamra: Misfat Al-Abriyin, Tourism Development Plan, Liverpool: ArCHIAM, 2016, p. 29. https://issuu.com/archiam/docs/misfat_al-abriyin_hmp_22.02.2016/5, consulté le 22 juin 2022.

[32] Entretien avec Sālim bin Rāshid al-Tūbī, directeur du développement de l’Agriculture pour le Jebel Akhdar, 30/10/2016. Des panneaux invitant à ne pas cueillir fruits et légumes ont été placés par le ministère du Tourisme sur la promenade aménagée dans le village pittoresque de Wakān, connu pour ses abricotiers, visite en octobre 2016.

[33] Andreas BUERKERT et al., “Prospects of mountain ecotourism in Oman: the example of As Sawjarah on Al Jabal al Akhdar”, Journal of Ecotourism 9, 2010, p. 105 et p. 114, https://doi.org/10.1080/14724040902803404, consulté le 27 juin 2022.

[34] David B. WEAVER et Laura J. LAWTON, “Twenty years on: The state of contemporary ecotourism research”, Tourism Management 28-5, 2007, 1168–1179, pp. 11–12 de la version pdf disponible à http://hdl.handle.net/10072/26545.

[35] Par exemple cet appel des citoyens à ce que le ministère du Tourisme lance une restauration de l’un des ḥārāt d’‘Ibrī, Yaya Al-SALMĀNĪ, “ Harat Al Shanadeed cries for facelift”, Oman Daily Observer, 27 juin 2022. Voir aussi la présentation de Arwa Al-HASHĪMĪ, « Wajma is a year-long attraction offering historic buildings and breathtaking scenes », Oman Daily Observer, 16 juin 2022.

[36] Données issues de GWI, Global Wellness Tourism Economy, Miami: Global Wellness Institute 2018, www.globalwellnessinstitute.org, également pour ce qui suit.

[37] Ce sont les deux lieux proposés par le site spécialisé dans le wellness de luxe Health Travel sur la page consacrée à Oman : https://www.health.travel/country/oman, consultée le 3 août 2022.

[38] Site de l’hôtel : https://www.sixsenses.com/en/resorts/zighy-bay,  consulté 3août 2022. La chambre individuelle commence à plus de 1 000 € la nuit.

[39] Site de l’hôtel : https://www.anantara.com/en/jabal-akhdar/spa et menu https://www.anantara.com/uploads/minor/anantara/documents/anantaraaljabal-al-akhdar-resort/aaja-spa-wellness-menu-2022.pdf?la=en, consulté le 3 août 2022.

[40] OMRAN Group Launches the Fourth Edition of “WithinOman” Campaign, Madia Center, OMRAN, 5 juillet 2022,  https://www.omran.om/omran-group-celebrates-the-official-opening-of-the-art-space-makan-studios-at-intercontinental-muscat-hotel-copy/# , consulté le 3 août 2022.

[41] Tandfeedh Handbook, Mascate, Tanfeedh, 2017, pp. 66–67.

[42] Erik SWYNGEDOUW, Frank MOULAERT et Arantxa RODRIGUEZ, “Neoliberal Urbanization in Europe: Large–Scale Urban Development Projects and the New Urban Policy”, Antipode 34-3, 2002, p. 547-582, et p. 579, https://doi.org/10.1111/1467-8330.00254

[43] Voir le site institutionnel d’OMRAN : https://www.omran.om/omran/about-omran1/, consulté le 5 mai 2022.

[44] Martin HVIDT, “Development Plans and Visions in the Arab Gulf countries. What is the likelihood that they will be implemented?”, Center for Mellemøststudier, New Analysis, January 2019, Odense : Syddansk Universitet, 2019, p. 5.

[45] Maryame AMAROUCHE et Koenraad BOGAERT, “Reshaping space and time in Morocco: The agencification of urban government and its effects in the Bouregreg Valley (Rabat/Salé)”, Middle East – Topics & Arguments 12.1, 2019, pp. 48–49, https://doi.org/10.17192/meta.2019.12.7934,

[46] Décret royal N° 91/ 2020 du 18/08/2020, disponible sur : https://decree.om/2020/rd20200091/, consulté le 5 mai 2022.

[47] Par exemple le volume collectif cité plus haut dirigé par Hamed ALMUHRZI, Hafidh ALRIAMI et Noel SCOTT, Tourism in the Arab World: An Industry Perspective, Bristol: Channel View Publications, 2017, https://doi.org/10.21832/9781845416157-007.

[48] “ The Wave Muscat adopts sustainable design principles”, ConstructionWeek, 02/10/2008, https://www.constructionweekonline.com/projects-tenders/article-3672-the-wave-muscat-adopts-sustainable-design-principles, consulté le 5 mai 2022. Il ne semble pas que le complexe ait obtenu la certification depuis.

[49] Sur ce point pour le tourisme durable voir par exemple Véronique PEYRACHE-GADEAU, « L’innovation durable territoriale. Exemple des stations de ski dans les Alpes du nord françaises », in Jean-Paul Carrière, Abdelillah Hamdouch et Corneliu Iaţu (dir.), Développement durable des territoires, Paris : éd. Economica, coll. Anthropos, 2016, pp. 202–204.

[50] Parfois qualifié de fjord par la similitude d’aspect mais, évidemment, sans être d’origine glaciaire, le khawr désigne les embouchures de wādīs côtiers ou les petites baies, parfois lagunes, des littoraux de la péninsule arabique.

[51] Disponible sur place ou en ligne sur le site : http://www.thesustainablecity-yiti.com/

[52] Visite effectuée le 31 octobre 2022.

[53] Témoignage dans Saleh AL-SHAIBANI, “Omani fishermen being pushed inland”,
The National UAE, 7/12/2009, https://www.thenationalnews.com/world/mena/omani-fishermen-being-pushed-inland-1.497160, consulté le 14 novembre 2022.

[54] Le relief du littoral limite l’accès à la mer aux khawrs, qui dans ce cas est fermé par le chantier.

[55] Manuela GUTBERLET, “Socio-cultural impacts of large-scale cruise tourism in Souq Mutrah, Sultanate of Oman”, Fennia 194–1, 2016, pp. 46–63, https://doi.org/10.11143/46532

[56] “Ministry of Tourism asks tourists visiting Salalah to ‘dress modestly’”, Times of Oman, 23 juin 2019, https://timesofoman.com/article/77656-ministry-of-tourism-asks-tourists-visiting-salalah-to-dress-modestly

[57] Veronika CUMMINGS et Aurel von RICHTHOFEN, “Urban sustainability as a political instrument in the Gulf region exemplified by projects in Abu Dhabi”, Berlin, Die Erde, Gesellschaft für Erdkunde 148 (4),  pp.253–267. https://doi.org/10.12854/erde-148-53

[58] Marc VALERI, Oman: Politics and Society in the Qaboos State, Londres, Hurst & Company, 2017 édition revue et augmentée, pp. 229-232.

Les opinions et interprétations exprimées dans ce texte n’engagent que son(ses) auteur(e)(s) et ne reflètent pas nécessairement les positions du CAREP Paris.

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