Comprendre les révolutions : à propos de la trilogie d’Azmi Bishara

Date de publication : 23/01/2023
visuel trilogie Azmi Bishara

Par Sari Hanafi

Azmi Bishara est l’un des intellectuels et philosophes les plus éminents du monde arabe. Il a publié de nombreux ouvrages sur la pensée politique, la théorie sociale et la philosophie, consacrés au monde arabe, au conflit israélo-arabe et à la société civile, et traitant de sujets tels que la démocratie, la laïcité, le confessionnalisme ou encore les soulèvements arabes. La force de sa pensée réside dans le fait qu’il a exploré les sciences sociales, en particulier la sociologie, l’économie et la science politique, non seulement de manière théorique, mais aussi en s’engageant dans des recherches empiriques. Dans cet essai, je voudrais passer en revue sa trilogie sur les soulèvements arabes, en particulier sur la Tunisie, l’Égypte et la Syrie, publiée chez I.B Tauris (New York et Londres) :

  • Understanding Revolutions – Opening Acts in Tunisia (2021) (5 chapitres ; 328 pages)
  • Egypt: Revolution, Failed Transition and Counter-Revolution révolution (2022) (17 chapitres ; 732 pages)
  • Syrie 2011-2013 : révolution et tyrannie avant le chaos, suivi d’un compte rendu critique des développements post-2013 (2022) (14 chapitres ; 376 pages)

Il s’agit de traductions de trois livres écrits à l’origine en arabe, qui ont été actualisés en fonction des événements récents survenus dans les trois pays, mettant ainsi des études importantes issues du monde universitaire arabe à la disposition du monde anglophone.

Cette trilogie est le fruit d’une recherche approfondie et d’une documentation sur les événements quotidiens dans ces trois pays, ainsi que d’une réflexion sur les débats passionnés qui ont eu lieu dans le monde arabe autour des soulèvements depuis la fin 2010. En effet, Bishara est un intellectuel public qui a participé aux soulèvements par ses écrits scientifiques, ainsi que par ses commentaires dans les programmes télévisés d’Al-Jazeera et plus tard sur Al-Araby. Le centre dirigé par Bishara, l’Arab Center for Research and Policy Studies (rattaché à l’Institut d’études supérieures de Doha), est une plaque tournant de recherche qui rassemble un grand nombre d’excellents chercheurs arabes. C’est un centre libéral animé par des chercheurs qui ont des sensibilités politiques et religieuses diverses, ce qui est très différent des autres centres de recherche dans le monde arabe qui promeuvent souvent un seul courant politique et idéologique. Ce centre réalise l’Index de l’opinion arabe qui est, avec le baromètre arabe, une des enquêtes d’opinion la plus fiables traitant des principaux problèmes auxquels sont confrontées leurs sociétés arabes depuis 2011. Bishara mobilise fréquemment ces statistiques, ce qui rend son analyse très proche de la façon dont le monde arabe conçoit ces soulèvements et du sens que les acteurs sociaux eux-mêmes donnent à leurs actions politiques et à leurs mouvements sociaux.

Cette trilogie est très différente des nombreux écrits que l’on trouve dans le monde arabe et au-delà, car elle donne les clés pour comprendre l’émergence et le développement des soulèvements arabes. En fait, elle privilégie les dynamiques internes par rapport aux dynamiques externes, y compris pour traiter des relations internationales. L’étude bibliométrique que j’ai menée sur les 520 premiers articles scientifiques écrits en arabe, en anglais et en français sur les soulèvements arabes (Hanafi et Arvanitis, 2016 : chapitre 8) met en lumière l’existence de hiérarchies globales tant au niveau de la production de la connaissance les que réseaux qui génèrent le savoir académique. Premièrement, la science politique exerce une hégémonie sur l’étude des soulèvements arabes, et la langue anglaise – y compris celle des réseaux et les visions qui dominent à travers elle – sert de vecteur pour la plupart des analyses des soulèvements. Il en résulte une prédominance des perspectives géopolitiques et des relations internationales, au détriment de celles qui analysent ce sur quoi les soulèvements eux-mêmes semblent se concentrer, à savoir les questions de justice sociale, de démocratie et de responsabilité.

 

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Sari Hanafi

Professeur de sociologie

Sari Hanafi est professeur de sociologie, directeur du Centre d’études arabes et moyen-orientales et président du programme d’études islamiques de l’Université américaine de Beyrouth.  Il est le président de l’Association internationale de sociologie et était vice-président du Conseil arabe pour les sciences sociales. Il est également rédacteur en chef d’Idafat : le journal arabe de sociologie. Titulaire d’une thèse obtenue à l’EHESS en 1994, son parcours universitaire l’a ensuite mené en Italie, en Norvège et en Égypte. Il est l’auteur de nombreux articles et de 18 livres dont  The Oxford Handbook of the Sociology of the Middle East (avec A. Salvatore et K. Obuse) et Knowledge Production in the Arab World : The Impossible Promise (avec R. Arvanitis). En 2019, il a reçu un doctorat honorifique de l’Université nationale de San Marcos. Son ouvrage en préparation, intitulé Ethics, religion and dialogical sociology, propose une réflexion sur la religiosité croissante dans différents espaces géographiques, et se situe au croisement de la sociologie politique et de la philosophie morale.

 

L’objectif de cet essai n’est pas de résumer la riche analyse des trois soulèvements de la trilogie, mais de souligner certains aspects que j’ai trouvés particulièrement intéressants pour le débat dans le monde arabe et qui relèvent des disciplines consacrées à l’étude des révolutions et à la transition démocratique. Les « révolutions arabes », comme les gens de cette région choisissent de les appeler, ont en effet déjà inspiré des protestations en Espagne, en Israël, au Mexique, en Afghanistan et ailleurs.

Comprendre les révolutions : un débat théorique

Le premier chapitre du livre Understanding Revolutions – Opening Acts in Tunisia (« Comprendre les révolutions : premier acte, la Tunisie ») (2021) est un essai théorique fondamental sur le développement du concept de révolution et la manière dont il nous aide à comprendre les révolutions arabes. Après une longue discussion conceptuelle et étymologique sur la genèse du mot « révolution » dans de nombreuses langues, y compris l’arabe (Thawra), et sur la façon dont il a été théorisé par des chercheurs comme Theda Skocpol et Charles Tylor, Bishara le définit comme « un vaste mouvement populaire qui se déroule en dehors des limites de la structure constitutionnelle ou de la légitimité juridique actuellement en vigueur afin de changer le régime en place dans l’État[1]. » En ce sens, il rejette le conséquentialisme de Skocpol (une révolution est considérée comme telle parce qu’elle produit des résultats positifs). Cette conceptualisation est d’ailleurs reprise par Gilbert Achcar (2022), qui soutient que l’on peut concilier l’incomplétude de ces événements avec leur nature révolutionnaire en les considérant comme des processus prolongés et continus, qui sont voués à se reproduire tant que la transformation politique et socio-économique n’est pas atteinte. Ce positionnement distingue la révolution du concept de « réforme » qui consiste simplement en des changements politiques et sociaux opérant à l’intérieur du système.

Cette théorisation est importante pour comprendre les événements arabes qui sont différents de la perspective de la théorie de la modernisation, qui envisage des réformes du haut vers le bas menant à la démocratisation – comme on l’a vu en Espagne, en Amérique latine et dans certains pays d’Europe de l’Est. Les élites dirigeantes de ces pays, explique Bishara,

« qui ont lancé le processus de réforme ont perdu le contrôle exclusif de leur propre initiative et ont été contraintes d’aller plus loin, en raison de la réaction des partisans de la ligne dure du régime et/ou d’un mouvement populaire croissant qui en demandait davantage. La meilleure façon d’avancer était d’abord de s’entendre avec l’opposition […] afin de passer à un système pluraliste qui permette une alternance pacifique de l’autorité. Les compromis auxquels ils sont parvenus à cette fin ont garanti qu’aucune des parties ne perde la totalité de ses prérequis et que les modérés du régime et de l’opposition puissent travailler ensemble pour assurer le succès de la transition ».

Sous l’impulsion de certains pays occidentaux, le processus de réforme des années 1980 dans le monde arabe était fondé sur la modification des lois et des règlements sans véritable restructuration politique, ce qui a abouti à un résultat creux. Par conséquent, il serait erroné de considérer les révolutions récentes qui ont eu lieu dans ces pays comme complémentaires ou émanant des processus de réforme impulsés par « le haut ». Dans ces cas, ce sont les révolutions par « le bas », et non les réformes, qui ont divisé les élites dirigeantes.

Tirant les leçons de l’histoire des révolutions, Bishara affirme que la révolution contemporaine ne peut être accomplie sans être une révolution démocratique libérale. Devons-nous dès lors considérer les « événements » arabes comme n’étant pas des révolutions puisqu’elles n’ont pas (encore) donné naissance à un système démocratique ? Bishara répond par la négative ; pour lui, ce sont bien des révolutions puisque toutes les révolutions contre un régime autoritaire n’ont pas nécessairement pour objectif final la démocratie. Ce qui importe pour lui, c’est avant tout le processus de démocratisation dans lequel elles s’inscrivent. Il remarque l’écart entre les leaders qui n’utilisent peut-être pas les mots de « démocratie » ou de « laïcité » mais qui savent que « la liste des revendications présentées, y compris celles d’élections équitables et de libertés civiles, ne peut être mise en œuvre que sous une démocratie, qui est la seule alternative à l’autoritarisme proposé, même si les partis politiques ne sont pas idéologiquement démocratiques ». Il est vrai que la révolution tunisienne n’avait pas pour objectif initial d’introduire la démocratie, mais elle a fini par la réclamer, en tant que produit prêt à l’emploi. Elle n’est pas survenue de manière fortuite. Bishara croit en l’importance du rôle des élites en tant qu’agents de démocratisation par le biais d’un processus de négociation et de troc. Cela est particulièrement important en période de transition après un régime autoritaire. Le politologue libanais Ghassan Salamé a écrit au début des années 90s un livre dans lequel il analyse ironiquement l’existence d’une démocratie sans démocrates ou, plus précisément, sans élites à orientation démocratique. Fawwaz Trabulsi a lui aussi pensé Les révolutions sans révolutionnaires (2013) comme des processus ascendants contre le projet néolibéral où les révolutionnaires ne sont pas nécessairement les élites. Cette perspective diffère ainsi substantiellement de celle de Bishara.

En se plaçant dans la perspective de la théorie de la transition démocratique, Bishara explique ainsi l’échec de la transition démocratique et son impact sur les révolutions arabes depuis lors. Il met en évidence six pathologies que présentent les soulèvements arabes :

Premièrement, il critique la fascination exercée par les révolutions post-léninistes sans leader, sur de nombreux universitaires, en particulier ceux de la gauche radicale (par exemple Slavoj Žižek, Antonio Negri et Michael Hardt). Ils pensent qu’elles conduiront à une démocratie radicale ou directe. J’ai moi-même, pu considérer l’inévitabilité d’une révolution sans leader dans le contexte des soulèvements arabes, en soutenant qu’un nouveau type d’individualisme réflexif dans les révolutions arabes (Hanafi 2012), contrairement aux cas de l’Europe de l’Est et de l’Europe centrale, a rendu difficile l’émergence d’un leadership unifié de l’opposition. Cette absence peut être due à deux facteurs (Bamyeh, 2013), les traditions locales d’autonomie, d’entraide et d’« empiétement tranquille » (Bayat, 2013) persistantes en marge de l’État, et la mémoire historique : nous avons eu des « dirigeants-sauveurs » par le passé, et le leadership semblait essentiel à la fois comme symbole d’une lutte unifiée et aussi à cause d’impératifs organisationnels hérités de l’ère postcoloniale immédiate. Bishara a raison de dire que la spontanéité et le manque de leadership sont devenus des faiblesses plutôt que des forces : « La démocratie libérale n’est pas la manifestation d’une simple idée mais le produit de deux siècles d’expérimentation pratique d’idées, d’outils et de réalités concrètes ».

Deuxièmement, le processus de démocratisation après une période révolutionnaire présente de nombreuses difficultés, car les manifestations peuvent se poursuivre par inertie, elles peuvent devenir une sorte de réaction ou de réflexe, et peuvent entraver la stabilité et la « vie normale ». En tant que telles, elles éloignent les gens de la révolution et les rendent plus vulnérables à la propagande contre-révolutionnaire (le cas de la Tunisie).

Troisièmement, une révolution qui approfondit les clivages confessionnels ou autres clivages identitaires ne mènera clairement pas au pluralisme politique mais à la division. La sécession et les luttes intestines s’ensuivront dans un processus sans fin de construction identitaire (laïcité à la française contre identité islamique en Tunisie).

Quatrièmement, les luttes de pouvoir entre les forces idéologiques et les autres forces politiques occupent le devant de la scène après la révolution car, contrairement à la réforme, la révolution n’offre ni le temps ni l’occasion de dialoguer mais, au contraire, épouse l’unité temporaire contre le régime (les cas de la Libye et de la Tunisie).

Cinquièmement, le danger qu’un parti politique tente de soulever des différends idéologiques avant même que le régime démocratique naissant ne se soit assez consolidé en tant que cadre incluant diverses idéologies et conceptions du bien public. Cela conduirait à entraver la transition vers la démocratie (le cas de l’Égypte et de la Tunisie).

Enfin, si la démocratie signifie la règle de la majorité, cette même majorité devrait gouverner selon les principes démocratiques (incarnés par les libertés civiles et les droits politiques). Cela n’a pas souvent été le cas dans les révolutions arabes. La Tunisie semble être la seule révolution qui respecte pleinement cela.

Bishara aborde ensuite la révolution comme un phénomène contagieux. Il remarque que depuis le XIXe siècle, lorsque les sentiments nationalistes et démocratiques se chevauchent, les forces motrices des révolutionnaires sont simultanément nationalistes et internationalistes. Il cite le cas de Guissepe Mazzini (1805-1872) qui « a participé à la création de mouvements nationalistes telles que Jeune Italie, Jeune Allemagne et Jeune Pologne, dans l’espoir de les regrouper tous au sein de la Jeune Europe. Mazzini pensait que chaque groupe avait une mission spécifique, représentant une contribution singulière à la réalisation de la mission plus large de l’humanité. Dans ce sens, le nationalisme est la mission spécifique d’un peuple dans le contexte de la grande quête humaniste ». Des similitudes peuvent être facilement remarquées dans le contexte arabe. Chaque révolution arabe a exprimé un intérêt à la fois pour changer le régime dans l’intérêt du peuple d’un État (État-nation) et pour s’intégrer dans une vague régionale arabe de changement par la révolution. Au-delà des conditions structurelles qui ont poussé les forces de ces révolutions, celles-ci peuvent également être interprétées de différentes manières en termes de pouvoir culturel (Alexander 2011) et de pouvoir des symboles. Le simple théâtre du drame qui s’est déroulé en Tunisie a provoqué un effet domino dans d’autres pays arabes. La contingence opère également au sein d’un même pays. Le fait de parvenir à la démocratie « par contingence » résulte d’un équilibre particulier des pouvoirs entre des acteurs politiques qui ne peuvent pas déterminer l’issue de la lutte qui les oppose mais qui, en même temps, ne veulent pas risquer de tout perdre à l’issue d’une éventuelle guerre civile.

En même temps, Bishara nous avertit que la contingence peut être très efficace mais aussi trompeuse, comme dans le cas de la révolution syrienne. Une révolution ne peut être contingente même si des pays connaissent des situations similaires. Il donne l’exemple de facteurs non structurels qui peuvent jouer un rôle majeur, comme dans le cas de la Tunisie : « l’auto-immolation de Mohamed Bouazizi, les liens communautaires forts à l’intérieur de Sidi Bouzid, les activistes politiquement conscients et la solidarité des zones voisines avec cette localité, ont été décisifs à la fois dans le déclenchement et la continuité du soulèvement au point que les quartiers pauvres des grandes villes, y compris la capitale, s’y sont joints ». Cette idée est similaire à l’importance de « la structure des opportunités politiques » que l’on retrouve dans la théorie du mouvement social développée par certains politistes américains.

En ce sens, Bishara ne sur-théorise pas le Printemps arabe. Il reconnaît qu’il a été une surprise pour tout le monde, y compris lui-même. Je me souviens qu’Alain Touraine, lors son séminaire, avait fait le même commentaire à propos des changements politiques en Europe de l’Est à la fin des années 1980.

Quelques caractéristiques des révolutions arabes

Après cette introduction théorique dans le volume sur la Tunisie, Bishara analyse le contexte, les déclencheurs et la dynamique de la révolution tunisienne. Son avènement suit l’exemple classique d’une révolution réformiste qui a forcé un régime au pouvoir à accéder aux demandes populaires en remettant le pouvoir politique à une institution élue. Ce faisant, il explore la nouvelle subjectivité politique inaugurée par ces révolutions. Sur cinq chapitres, il déploie des données étonnantes pour comprendre cette révolution en opérant toujours ce va-et-vient entre la révolution tunisienne et la révolution égyptienne et bien sûr les autres révolutions arabes et au-delà. Dans bien des cas, les régimes autoritaires tentent de convaincre leur peuple et les puissances occidentales que toute alternative ne peut être qu’islamiste. Ils utilisent souvent cette polarisation politique entre le religieux et le séculier, voire en abusent.

Selon Bishara, la jeunesse éveillée a joué un rôle déterminant dans le déclenchement des révolutions arabes. La région arabe a été témoin de la première utilisation intensive des réseaux sociaux par des blogueurs tunisiens, des militants locaux et des militants critiques du régime vivant en France, en Angleterre et au Canada, au profit des médias étrangers. Les premiers jours de la révolution ont été marqués par la participation en ligne des dirigeants des partis d’opposition sur Facebook. À cette époque, le nombre d’utilisateurs de Facebook en Tunisie avait déjà dépassé 1,7 million. Plus généralement, 86 % de la population arabe utilise Facebook selon l’Index d’opinion arabe 2022[2]. Pourtant, ces soulèvements ne peuvent être saisis par des termes orientalistes tels que la « révolution Facebook ». Cette étiquette ne rend pas compte de la profonde transformation du politique et mais aussi des valeurs dans le monde arabe.

Les médias sociaux ont été utilisés comme un moyen de coordonner les actions de protestation dans quelques cas, mais leur rôle principal a été de briser le monopole de l’État sur les médias en diffusant des informations et en fournissant des nouvelles, des photos et des vidéos aux chaînes de télévision (principalement Al Jazeera, France 24 et la BBC) et aux agences de presse. Le cyberespace vient ainsi renforcer cet individualisme réflexif. Chaque manifestant devient un « journaliste » muni d’un téléphone portable et filme la répression étatique, contournant ainsi les médias officiels.

Au-delà de leur indignation générale à l’égard du « système », ces révolutions arabes se sont caractérisées par le flou qui entourait les objectifs communs, un flou qui a été utile pour permettre l’expérimentation et engendrer une unité temporaire entre des agendas autrement distincts. Bishara nous met en garde contre l’analyse économiciste des « causes » des révolutions arabes. Les soulèvements arabes ont eu lieu dans des pays pauvres, comme le Yémen et l’Égypte, mais aussi dans des pays relativement riches, comme la Libye et le Bahreïn. Ils ont touché des pays où la sphère publique était assez ouverte et la liberté d’association et de presse plutôt assurée, ainsi que des pays où le contrôle était très strict. Ces soulèvements ont pu parfois tirer parti des nouvelles technologies et des réseaux sociaux, mais ils ont également pu évoluer sans ces derniers et dans des régions moins connectées. En Tunisie, par exemple, l’effet de la crise financière de 2008 sur l’économie tunisienne « n’aurait pas suffi à expliquer une révolution, pas plus que l’escalade des politiques oppressives en 2009-2010. Ce qui a catalysé la révolution, c’est plutôt l’intensification du sentiment de privation et de frustration des gens malgré la croissance économique qui se mettait en place, et qui se traduisait notamment par l’amélioration relative du niveau de vie, des attentes plus élevées, une conscience plus aiguë des injustices et une déception et une amertume croissantes face à l’absence d’emplois ». Je me souviens d’une conversation privée avec la responsable des centres d’appels de France Télécom à Paris, elle m’avait alors expliqué pourquoi le centre d’appels de Tunis avait rencontré de nombreux problèmes avec un taux de rotation élevé des employés. Elle attribuait cela au fait que les employés tunisiens, jeunes et diplômés de l’université, sont souvent surqualifiés pour un travail aussi « ennuyeux », ce qui leur donne un sentiment de privation relative. Les États autoritaires ont gouverné par le biais de leur lourde « main droite », pour emprunter ce concept à Bourdieu (1999), en utilisant leur appareil sécuritaire et répressif, illustré par l’alliance entre les bureaucrates et les capitalistes de connivence. Jusqu’en 2000, la population a « supporté » ou toléré cette situation parce que le même État avait aussi une « main gauche » qui fournissait des biens publics à une grande partie de la population, vestige de l’État-providence. Le système néolibéral et déréglementé de la main droite ne veut plus payer pour la main gauche. Lors d’une visite en Libye en 2008, j’ai été surpris de constater à quel point ce pays riche dispose d’une infrastructure médiocre en dehors de Tripoli et j’ai constaté l’extrême niveau élevé de pauvreté. L’économie rentière était incapable de générer un excédent pour subventionner les couches défavorisées de la population. Bishara conclut à juste titre que les inégalités économiques et la répression sont des composantes fondamentales de l’aspiration d’une société pour la révolution.

Dans le chapitre 4 du volume sur la Tunisie, Bishara expose la vitalité des organisations de la société civile et des partis politiques avant les bouleversements. Il souligne en particulier le rôle important de l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT). Ce syndicat n’a pas seulement été important pour la mobilisation dans les différents sites pendant la révolution, mais a également joué un rôle important en tant qu’organisation faîtière pour un grand nombre de factions politiques, en adoptant des initiatives destinées à préserver les acquis de la révolution, à achever le démantèlement du régime et à empêcher le retour de ses figures de proue. Pour Bishara, c’est ici qu’elle diffère de la révolution égyptienne. La différence majeure réside dans la conscience et la culture politiques des élites du régime et de l’opposition et, bien sûr, dans le rôle de l’armée. En Égypte, l’« État profond » a résisté au changement et était même prêt à coopérer, le moment venu, à un coup d’État militaire contre le premier président élu de l’histoire de l’Égypte, comme le montre d’ailleurs la deuxième partie du volume sur l’Égypte.

Après une longue analyse, courant sur plusieurs chapitres dans les volumes tunisien et égyptien, sur le processus tumultueux de la transition démocratique en Tunisie, Bishara souligne de manière analytique les contre-révolutions qui se sont propagées non seulement en Tunisie mais aussi dans d’autres pays : Tunisie, Égypte, Bahreïn, Yémen, Libye et Syrie, pour la première vague de soulèvements, et : Soudan, Algérie, Irak et Liban, pour la seconde. Les régimes despotiques arabes et l’armée ont retenu les leçons des révolutions tunisiennes et égyptiennes, à savoir que ces soulèvements sont survenus parce que les autorités n’avaient pas exercé une répression systématique suffisante au début des protestations. C’est ce relatif laisser-faire qui leur aurait fait perdre le contrôle des événements et les aurait rendues incapables de contenir les protestations après leur déclenchement. La violence extrême a ainsi été immédiate dès le début des soulèvements au Yémen, en Libye et en Syrie. C’est pourquoi je considère que ces régimes sont des régimes autoritaires brutaux et qu’ils ne doivent pas être confondus avec des régimes autoritaires ordinaires (Hanafi, 2019). Ces régimes autoritaires brutaux répandent une politique de la peur dont la terreur est aussi active que contenue. Bishara, dans son livre sur la Syrie, explique comment les gens font collectivement semblant de soutenir le régime, ce qui est un signe significatif soit de loyauté réelle soit de peur, et les deux ayant la même valeur pour un dictateur. Il s’agit d’une approche machiavélique pour gagner le respect en semant et en générant des peurs au moyen d’un pouvoir brutal. Loin de se limiter au facteur interne, ces contre-révolutions sont aussi le résultat d’influences externe : le pétrodollar a lui aussi joué un rôle déterminant.

L’analyse la plus sophistiquée de Bishara concerne la transformation de certains partis islamiques, car elle diffère en tout point de celle de la gauche arabe dominante qui imagine que tous les acteurs sociaux peuvent changer sauf les islamistes. Bishara rappelle, au sujet de la Tunisie, que :

« Les islamistes et les mouvements d’opposition laïques avaient commencé à communiquer entre eux dès 2003, élaborant des programmes pour un changement de régime qui garantirait les droits de l’homme à de multiples niveaux dans un cadre démocratique. En d’autres termes, la démocratie n’était pas une simple réflexion postérieure à la révolution ; elle était plutôt un objectif conscient et convenu entre les différentes forces opposées au régime bien avant le début de la révolution. Les institutions de l’État qui sont restées stables après le départ du président étaient prêtes à mener le pays vers une transition démocratique et à négocier la nature de la période de transition avec l’opposition. Dans ce cas de figure unique, la révolution peut ouvrir la voie à la démocratie. »

Ainsi, Al-Nahda est davantage un mouvement post-islamiste, en ce sens que la politique a apprivoisé la part rigide de son idéologie. Le dialogue a en effet permis à Al-Nahda de rétrécir le champ des possibles, réduire les attentes politiques et prendre conscience des particularités de la société et de l’État tunisiens, ce qui lui a permis d’adopter une approche plus pragmatique dans ses relations avec les partis laïques et de s’engager dans le processus d’élaboration d’une alternative démocratique au régime. En ce qui concerne l’Égypte, Bishara est plus sceptique quant à la possibilité pour les Frères musulmans (FM) de changer leur attitude habituelle, c’est-à-dire que les FM « étaient déterminés à faire en sorte que la démocratie s’adapte à eux en adaptant les libertés publiques à leur conception de la charia ». Je pense que cette observation peut être nuancée si l’on tient compte du travail remarquable de Khalil Al-Anani (2020) sur les FM. Bien sûr, Bishara et Al-Anani ont tous deux souligné les obstacles intellectuels et structurels auxquels sont confrontés les FM en Égypte, notamment leur difficulté à distinguer la prédication de la politique, avant les événements du 3 juillet 2013 et le coup d’État contre le président Mohamed Morsi. Tous les deux, à l’instar de Nawwaf al-Qadimi (2012), pensent que la démocratie se pratique et s’apprend sur le terrain, plutôt qu’elle laisse guider par les positions idéationnelles.

Au-delà des FM, Bishara signale à propos des salafistes, un mouvement religieux socialement marginal et dogmatiquement extrémiste, qu’ils ont en fait davantage prospéré sous le despotisme laïc que sous la démocratie, alors que celle-ci leur avait accordé une plus grande liberté d’expression. Certains jeunes qui avaient été culturellement aliénés et/ou économiquement marginalisés sous l’ancien régime se sont sentis trahis par les politiques. Pourtant, dans un pays comme la Tunisie, certains ont eu le sentiment qu’Al Nahda leur avait tourné le dos en pactisant avec des éléments de l’ancien régime, surtout avec l’aggravation de la situation économique après la révolution. En Égypte, l’entrée des salafistes en politique et dans la course aux élections parlementaires a contribué à générer cette polarisation, car ils ont attiré les FM dans une surenchère piétiste. Par ailleurs, « certaines forces d’opposition laïques, craignant les élections, ont renforcé l’alarmisme et la peur de la domination des Frères musulmans et des desseins de l’organisation islamiste d’affirmer son hégémonie sur l’État ».

Au-delà de son analyse séminale de la transformation des mouvements islamistes dans le monde arabe, Bishara souligne que les forces séculières occupent une place de plus en plus importante. Historiquement, la sécularisation a été imposée par le « haut » et la religion était subordonnée à l’État despotique ; cependant dans certains cas comme en Tunisie, « le processus de sécularisation avait tellement imprégné la conscience de larges segments de la société qu’il avait pleinement pris part à la vie sociale et intellectuelle et n’avait dès lors plus besoin d’être imposé par le ‟haut” ».

En plus de ce clivage entre religion et laïcité, la transition démocratique a été un processus très difficile. Bishara fait remarquer que :

« Les pays démocratiques ne sont pas seulement dirigés par des majorités démocratiques, mais aussi par la bureaucratie ; de surcroît, les élites économiques et culturelles d’un pays peuvent être autant des soutiens ou que des obstacles. Cette ambivalence est importante dans une démocratie établie, elle l’est d’autant plus dans une période de transition vers la démocratie. Il est impossible de cela relever de tels défis lorsque près de la moitié de la population a été poussée vers l’opposition. Les premières phases de la transition (avant la consolidation de la démocratie) nécessitent de larges coalitions engagées pour la démocratie ».

Et c’est exactement ce qu’Al-Nahda a fait en Tunisie et que les FM n’ont pas fait en Égypte. Pour Bishara, l’une des raisons de l’échec du processus en Égypte et en Libye est la tenue d’élections anticipées pendant la période de transition : « les élections ne sont pas un indicateur suffisant du succès de la transition démocratique. Les élections devraient plutôt signifier que les conditions nécessaires ont été réunies pour permettre au peuple de gouverner à travers ses représentants élus dans des scrutins multipartites… Si les élections sont organisées dans des conditions de polarisation idéologique ou culturelle/identitaire extrême, élections elles conduiront à une crise qui ne pourra être désamorcée que si une large coalition intervient pour combler le fossé. »

Comme je l’ai mentionné dans l’introduction, le trait distinctif le plus important de la trilogie de Bishara est l’accent qu’il met sur la dynamique interne. Les spectacles carnavalesques, notamment ceux de la place Al-Tahrir au Caire, ponctués de chants, de musique, de numéros comiques, d’humour et de sarcasmes. Dans ces révolutions essentiellement indigènes (à l’exception de celle de la Libye), aucune trace de l’Agence américaine pour le développement international (USAID) ni d’autres agences internationales. Aucune d’entre elles n’a non plus été sollicitée pour financer des pancartes et des brochures sur papier glacé ou pour accueillir des ateliers dans des hôtels cinq étoiles. Pourtant, Bishara n’a pas négligé l’importance des facteurs externes après le déclenchement des soulèvements, en particulier l’intervention des forces antidémocratiques régionales dans le processus de transition : « Les régimes arabes réactionnaires dont les dirigeants se sont non seulement sentis menacés par la transition vers la démocratie dans le monde arabe, mais ont également eu les moyens financiers de la combattre, ont constitué un obstacle important à la démocratie ». Le rôle de ces forces régionales est encore plus important que celui des anciennes puissances coloniales (France, Italie) ou encore celui des forces impérialistes comme les États-Unis et Israël. Azmi Bishara souligne à juste titre le rôle de l’Iran en Syrie et au Yémen et de la Russie en Syrie et, bien sûr, l’influence d’Israël dans la décision de nombreux pays occidentaux de maintenir le statu quo des régimes despotiques, préférable à tout changement démocratique imprévisible. Disons-le ainsi : en plus de soutenir historiquement les régimes despotiques, les puissances occidentales n’ont pas soutenu financièrement la transition démocratique. Rappelons-nous qu’après la Seconde Guerre mondiale (1948-1951), les États-Unis ont transféré 13 milliards de dollars (environ 115 milliards de dollars actuels) aux nations européennes déchirées par la guerre dans le cadre du plan Marshall, soit 2 % du PIB américain pour soutenir la transition vers la démocratie dans ces pays (Barry Eichengreen, 2010). Bishara a raison de souligner la situation économique difficile de la Tunisie et le sérieux défi que cela pose à une jeune démocratie : « Le soutien des démocraties occidentales a été faible, voire inexistant, alors que l’Union européenne avait joué un rôle indispensable pour encourager la transition démocratique en Espagne et au Portugal dans les années 1970 et dans les pays d’Europe de l’Est dans les années 1990. De leur côté, les États-Unis continuent d’accorder des milliards de dollars d’aide financière et militaire aux régimes autoritaires de la région ». Cela a conduit à la chute des investissements directs étrangers, mesurés par le PIB, après la révolution et la contraction des investissements en capital estimés par la même mesure. L’impact négatif de cette baisse sur la croissance, l’emploi et la capacité de l’État à répondre aux attentes de la population tunisienne après la révolution est évident. Le philosophe tunisien Mounir Kchaou a insisté dans certains de ses articles sur le fait que le rôle négatif joué par le syndicat ouvrier pendant la transition avec des revendications sociales (excessives) a découragé encore plus les investissements étrangers en Tunisie.

Dans le chapitre (du volume sur la Tunisie) intitulé « Post-scriptum : la démocratie mise à mal par le populisme », Bishara analyse en profondeur le revers majeur du processus de transition démocratique et les mesures autoritaires prises par le président tunisien Kaïs Saïed, un chapitre récemment ajouté à la version électronique du livre. Saïed a profité de la fragmentation des partis politiques et du conflit qui les oppose au sein du Parlement et dans l’exercice politique. Bishara souligne comment les forces de l’ancien régime se sont fait passer pour de nouveaux partis politiques et « ont tenté sans relâche de provoquer une polarisation entre laïques et religieux parmi les Tunisiens dans le but de marginaliser à la fois les islamistes modérés et les forces laïques pragmatiques, qui avaient alors formé une coalition démocratique » et il conclut que la politique identitaire a favorisé une division entre « nous » et « eux », remplaçant ainsi le pluralisme par l’exclusion.

Le volume sur la Syrie est différent de ceux consacrés à la Tunisie et à l’Égypte car Bishara y analyse essentiellement les premières années de la révolution. Il examine les racines complexes des conflits politiques et confessionnels de la Syrie depuis le jour où la révolution a éclaté le 15 mars 2011 jusqu’à sa transformation en guerre civile dans les deux années qui ont suivi. Le livre présente et discute les tout premiers signes de protestation à Daraa, Hama, Alep, Damas, Raqqa, Deir El Zour, Edlib et Homs, et traite du processus de ruralisation de la Syrie et de la libéralisation économique qui s’en est suivie (qualifiée d’économie sociale mais en fait profondément néolibérale et oligarchique), qui a finalement conduit à la révolte contre le parti Ba’ath. Bishara note à juste titre que la révolution syrienne devrait être décrite en deux étapes : l’étape civile pacifique et l’étape armée, or une partie de la gauche arabe a oublié la première. L’analyse de Bishara se concentre d’abord sur la stratégie du régime, dévoilant l’autoritarisme, les massacres, les enlèvements, le confessionnalisme, la violence djihadiste, l’émergence de malfrats et de seigneurs de la guerre, et la propagation chaotique des armes. Il se penche ensuite sur le rôle de l’opposition pour raconter en détail les événements qui ont éclaté et revenir en détail sur la manière dont une manifestation pacifique s’est transformée en une lutte armée. Le livre fournit une feuille de route sur la façon dont la révolution a éclaté et dresse une analyse complète des causes de ces premiers événements. Bishara parvient à mesurer l’étendue du « chaos » syrien, passant en revue la crise la plus aiguë au monde de réfugiés et de personnes déplacées à l’intérieur du pays (plus de la moitié de population), et toutes les calamités qui frappent la Syrie avec l’effondrement économique. Son analyse ne s’appuie pas seulement sur des données secondaires, mais aussi sur les entretiens qu’il a menés et sur son rôle actif dans le rapprochement entre les différentes factions de l’opposition syrienne. Bishara, comme de nombreux universitaires tunisiens (par exemple, Salem Labeid, Mounir Kchaou, Mehdi Mabrouk, Mounir Saidani), croit en ce que j’ai appelé la « sociologie dialogique », qui produit une critique située plutôt que radicale, afin de mettre fin aux dangereuses polarisations entre les élites.

À travers cette trilogie, Bishara nous démontre qu’un chercheur doit avant tout s’intéresser au fait social pour ce qu’il est et aux vrais humains, fait de chair et de sang, avant de le considérer comme une opportunité pour nourrir une discipline ou une perspective analytique. Les révolutions, en effet, sont des occasions d’apprendre quelque chose de nouveau. La pire insulte serait d’exploiter analytiquement ces soulèvements pour les mettre au service de théories ou de modèles préexistants. (Bamyeh et Hanafi 2015)

Malgré le recul majeur de toutes ces révolutions, Bishara, comme moi, garde l’espoir que cette dynamique est la seule qui puisse apporter les changements attendus depuis longtemps. Faisons écho au poète et philosophe cubain Jose Marti : « C’est maintenant le temps des fournaises, et seule la lumière doit être vue. »

(Texte écrit en anglais et traduit en français par le CAREP Paris)

Références

  • Alexander, A., Performative revolution in Egypt: an essay in cultural power. London: Bloomsbury, 2011.
  • AlQadimi, Nawwaf, The Islamist and Revolutions’Spring: Praxis Produce Ideas. Arab Network for for Publishing and Research (en arabe), 2012.
  • Achcar, Gilbert,  The People Want: A Radical Exploration of the Arab Uprising, Saqi Books, 2022.
  • Anani, Khalil (et al.), Inside the Muslim Brotherhood: Religion, Identity and Politics. Reprint edition. Oxford University Press, 2020.
  • Bamyeh, M., and S. Hanafi. “Introduction to the Special Issue on Arab Uprisings.” International Sociology 30 (4): 343–47, 2015. https://doi.org/10.1177/0268580915584500,
  • Bamyeh, M.,   Anarchist method, liberal intention, authoritarian lesson: The Arab Spring between three enlightenments. Constellations 20 (2): 188–202, 2013
  • Barry Eichengreen, “Lessons from the Marshall Plan.” Washington D.C: World Bank, 2010. https://web.worldbank.org/archive/website01306/web/marshall_plan.html.
  • Bayat, Asef, Post-Islamism: The Changing Faces of Political Islam. Oxford: Oxford University Press, 2013.
  • Bourdieu, P., Acts of resistance: against the tyranny of the market. New York, NY: New Press, 1999.
  • Hanafi, S., “The Arab Revolutions; the Emergence of a New Political Subjectivity.” Contemporary Arab Affairs 5 (2): 198–213, 2012.
  • Hanafi, Sari, “Global Sociology Revisited: Toward New Directions.” Current Sociology 68 (1): 3–21, 2019.
  • Hanafi, Sari, and Rigas Arvanitis, Knowledge Production in the Arab World: The Impossible Promise. UK: Routledge, 2016.
  •  Traboulsi, Fawwaz. Revolutions without Revolutionaries. Beirut: Riad Al-Rayyes (en arabe), 2013.

Notes :

[1] Toutes les citations figurant dans ce texte sont tirées des trois volumes étudiés. Étant donné que j’ai utilisé la version électronique (HTML), il était difficile de déterminer le numéro de page.

[2] Arab Opinion Index :  https://www.dohainstitute.org/ar/News/Pages/the-acrps-announces-the-results-of-the-2022-arab-opinion-index.aspx.

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