Adieu Michel Kilo…

Date de publication : 22/04/2021
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Michel Kilo

Par Racha Abazied

Le matin du 19 avril 2021 décédait à Paris des suites de la COVID-19, Michel Kilo, une grande figure de l’opposition syrienne.

Écrivain, journaliste et pacifiste convaincu, Michel Kilo était avant tout un homme politique qui a consacré sa vie à lutter pour la démocratie et qui espérait voir naître un jour sur le sol syrien un État libre, inclusif, respectant le pluralisme et les droits de l’homme.

Né à Lattaquié en 1940, dans une famille chrétienne, il épouse très vite les idées de gauche et participe aux contestations contre Hafez al-Assad, ce qui lui vaut sa première arrestation et séjour en prison de 1980 à 1982. Après sa libération, il s’exile trois ans en France, avant de rentrer en Syrie au début des années 1990. Il se consacre alors à la traduction et l’écriture d’ouvrages et d’articles de pensée politique. Germanophone, on lui doit de nombreux livres traduits vers l’arabe, des essais en politique, ainsi que deux romans. Son dernier opus paru en 2020, Min al-ʾoma ili al-ṭā’fa (« De la nation à la confession »), est une étude critique du régime baathiste et de l’état sécuritaire syrien allant de 1947 jusqu’au début du soulèvement Syrien 2011.

Lors du « printemps de Damas » en 2000, il est un des leaders de l’opposition contre Bachar al- Assad, réclamant le multipartisme, la fin de l’état d’urgence et la libération de tous les prisonniers politiques. Le régime répressif ressert très vite l’étau et les arrestations reprennent de plus belle. Malgré tout, Michel Kilo, fervent croyant au dialogue, tente de proposer avec d’autres intellectuels syriens, des réformes au parti Baath qui seront toutes rejetées.

En mai 2006, il est arrêté, puis condamné en mai 2007 à trois ans de prison, pour avoir signé, avec plus de 300 intellectuels syriens et libanais, la « déclaration Beyrouth-Damas », une déclaration réclamant la démocratie, appelant la Syrie à reconnaître le Liban, et à la normalisation des relations entre la Syrie et le Liban, notamment l’établissement de relations diplomatiques.

Au début de la révolution syrienne en 2011, il participe à Damas à la rencontre à l’hôtel Sémiramis des intellectuels syriens, car il avait l’espoir d’un changement pacifique, puis s’éloigne quelques temps des deux grandes formations de l’opposition, le Conseil national syrien (CNS) et la Coalition pour le changement démocratique. Contraint à un nouvel exil, il se réfugie à nouveau en France et fonde en 2012 un mouvement indépendant, le Forum démocratique syrien. En 2013, il rejoint pendant deux ans le CNS, et essaye de renforcer la composante démocratique et civile, et crée la même année l’association Union des démocrates syriens, pour finalement prendre à nouveau du recul et se consacrer essentiellement à ses écrits et articles de journaux.

Avant son décès, lundi dernier, Michel Kilo adressait une dernière lettre aux Syriens depuis son lit d’hôpital. Il disait « aucun but n’est plus important que la liberté, alors accrochez-vous-y, cherchez-la dans chaque chose petite ou grande, et n’abandonnez jamais. Car en elle seule réside la mort de la tyrannie, car la vie est le sens de la liberté, et il n’y a pas de sens à la vie sans liberté. C’est d’elle dont notre peuple a le plus besoin pour se retrouver, confirmer son identité et restaurer le sens du mot citoyenneté dans notre patrie. »

Comme toute grande figure politique au Moyen-Orient, Michel Kilo avait aussi ses détracteurs, mais d’aucun ne peut contester la place immense qu’il occupe désormais dans l’histoire de ce pays, son dévouement et amour pour sa patrie et l’homme profondément démocrate qu’il était. Ceux qui ont connu Michel Kilo se souviendront d’un homme imposant, à l’esprit vif et à la voix porteuse. Ils se souviendront aussi de sa grande culture, de son humanité, de son sourire et son humour fin. Triste ironie de l’histoire que de voir un opposant et un patriote s’éteindre en exil alors que les tyrans sont toujours en place.  Le Centre arabe de recherches et d’études politiques souhaite lui rendre un dernier hommage et présente ses sincères condoléances à sa famille et à ses proches.

Adieu Michel Kilo, repose en paix, auprès de ceux qui ont consacré leur vie à un idéal nommé Liberté !

 

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