Itinéraire de dix universités publiques arabes

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Récemment publié par l’Arab Center for Research and Policy Studies, l’ouvrage intitulé Itinéraire de dix universités publiques arabes propose une étude comparative fondamentale des universités publiques du monde arabe. Il passe en revue la condition du corps enseignant, des étudiants et de l’administration dans chacun des pays étudiés, en partant du postulat que la similitude globale de la situation des pays arabes se traduit par une homogénéité de l’état du service public d’enseignement supérieur dans la région.

Composé de 608 pages de format moyen, références et index compris, l’ouvrage réunit dix recherches représentatives de l’état des universités publiques du monde arabe, recherches présentées et discutées à l’occasion d’un colloque qui s’est tenu à Beyrouth dans les locaux de l’Arab Center for Research and Policy Studies au début de l’année 2018. L’objectif de cette rencontre était de dresser un état des lieux des universités publiques arabes et d’ouvrir librement la discussion sur une série de questions cruciales exigeant un vaste travail de recherche. Entre autres : Quels sont les facteurs qui ont conduit au recul progressif du niveau de l’enseignement supérieur dans le monde arabe ? Quelles politiques ont primé en matière de distinction entre les branches scientifiques et les sciences humaines et sociales ? Quel rôle jouent les universités dans la diffusion des connaissances ? Quel est l’état de la recherche scientifique ? Quels facteurs scientifiques et cognitifs externes peuvent permettre d’acquérir des compétences internationales ?

Dans le premier chapitre, « L’université du Caire : itinéraire et histoire », le chercheur égyptien Kamal Moghith relate l’histoire de cette université égyptienne depuis sa création, le 11 mars 1925. Il observe notamment comment elle a traversé la révolution de juillet 1952, l’ère Sadate et l’ère Moubarak, et quelles relations elle a instaurées avec le pouvoir. Plus globalement, il aborde la question des libertés académiques en Égypte, ainsi que celle des mouvements étudiants.

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Itinéraire de dix universités publiques arabes, collectif, Arab Center for Research and Policy Studies, 2018

Dans le deuxième chapitre, « L’Université syrienne, ou “l’université de Damas”, première université publique du monde arabe », le chercheur syrien Ammar al-Samar retrace l’histoire de l’Université syrienne depuis sa création sous les Ottomans, en 1846, puis sa réinauguration sous le mandat français. Il évoque son rapport avec la vie publique en Syrie à cette époque, avant de se pencher sur l’ère du parti Baath, notamment la période de l’union de la Syrie et de l’Égypte, puis celle de la séparation des deux pays, lorsque l’Université syrienne fut rebaptisée “université de Damas”. Il aborde également la question des libertés académiques, celle de l’Union nationale des étudiants syriens sous le régime baathiste, et les vicissitudes qu’a connues l’université à la veille du soulèvement syrien de 2011 puis durant la révolution.

Dans le troisième chapitre, « L’Université libanaise et le poids des mutations politiques », le chercheur libanais Adnan al-Amin observe les principales transformations qu’a connues l’Université libanaise au fil de son histoire jalonnée par les bouleversements politiques. Il remonte à la période maronite de l’établissement (1953-1959), avant d’évoquer le temps des troubles (1959-1967), le temps de l’institutionnalisation (1967-1975), le temps de la dislocation (1975-1992), puis la période syrienne (1993-2005), et enfin la période chiite (2005-2016). À chaque étape, il s’intéresse à la gestion des affaires de l’université, de ses facultés et de son corps enseignant, ainsi qu’aux mouvements étudiants.

Dans le quatrième chapitre, « L’Université libyenne : soixante ans de l’itinéraire d’une nation. Une approche analytique et critique », le chercheur libyen Mohamed Faraj Saleh analyse six décennies de l’histoire de l’Université libyenne, depuis sa fondation jusqu’à aujourd’hui, en passant par l’époque de la monarchie, puis l’ère de Mouammar Kadhafi, puis la période de la révolution. Il met l’accent sur l’impact des bouleversements politiques sur l’université. « À l’époque de Kadhafi, l’influence politique exercée par le régime sur l’université fut plus forte que sous la monarchie ou durant la période post-Kadhafi, car le régime de ce dernier cherchait à gagner le soutien de la population étudiante à son projet. Le discours politique était donc extrêmement présent au sein de l’université, à travers les programmes qui y étaient dispensés et les activités qui y étaient menées : il s’agissait avant tout de faire la propagande du régime. »

Dans le cinquième chapitre, « L’université de Khartoum », le chercheur soudanais Abdel-Menem Mohamed Othman relate l’histoire de la création et du développement de l’université de Khartoum. Il se concentre sur quatre aspects – les mécanismes internes et externes de gouvernance ; les mouvements étudiants ; les développements académiques les plus marquants ; les tendances intellectuelles, littéraires et scientifiques –, qu’il étudie au fil des différentes ères politiques traversées par le Soudan moderne.

Dans le sixième chapitre, « L’université de Tunis, “mère” des universités tunisiennes, entre pouvoir, société et monde extérieur (1960-2016) », le chercheur tunisien Mohamed Daifallah s’interroge sur un certain nombre de sujets : Quels sont les développements les plus marquants qu’a connus l’université ? Comment se sont déroulées les relations et les interactions au sein de l’institution ? Quelle relation a-t-elle entretenue avec le pouvoir, d’une part, et la société, d’autre part ? Quelles formes de coopération a-t-elle mis en place avec d’autres universités dans le monde ? Le chercheur répond à ces questions en analysant l’itinéraire de l’université tunisienne à différentes étapes de l’histoire politique du pays après l’indépendance.

Dans le septième chapitre, « Histoire de l’Université jordanienne », le chercheur jordanien Nasim Barham présente l’histoire de l’Université jordanienne en mêlant deux approches : la première aborde l’université d’un point de vue officiel, institutionnel et purement chronologique, sans s’attarder sur les événements qui ont pu l’agiter au cours de son histoire, si bien qu’elle en offre une sorte d’image d’Épinal ; la seconde se concentre sur l’aspect institutionnel, la structure administrative et les affaires académiques de l’établissement. Dans ce contexte, le chercheur aborde les mouvements étudiants pour situer son propos dans le cours des événements, tout en le teintant d’une nuance plus universelle.

Dans le huitième chapitre, « Cinquante ans d’histoire de l’université du Koweït », le chercheur koweïtien Fawzi Ayyoub dresse un portrait exhaustif de l’université du Koweït. Il aborde à la fois les aspects juridiques et administratifs de son fonctionnement, le développement de ses facultés et des spécialités qu’elle propose, son niveau scientifique et académique, son action syndicale, ses mouvements étudiants, la question de la mixité sur son campus, et enfin sa relation avec la politique et les pouvoirs publics de l’État du Koweït.

Dans le neuvième chapitre, « L’université de Sanaa : genèse, développement et enjeux (1970-2016) », le chercheur yéménite Tarek Abdallah al-Moujahed relate l’histoire de l’université de Sanaa depuis son inauguration : il se penche sur les motifs de sa création, les obstacles qu’il a fallu surmonter pour y parvenir, sa relation avec les pouvoirs publics (entre 1990 et 2011), l’impact des plans quinquennaux du gouvernement sur sa situation, les défis qui se sont posés à l’action des syndicats étudiants, ainsi que ceux auxquels l’université a dû faire face à cause de la crise politique (2011-2016).

Dans le dixième et dernier chapitre, « La Sultan Qaboos University : trente ans de mutations et de développement », le chercheur omanais Saif Ben Nasser al-Maamari retrace l’essor de la Sultan Qaboos University, la seule université publique du Sultanat d’Oman. Il passe en revue son cadre juridique, académique et pédagogique, ainsi que la situation de la recherche en son sein, puis expose les développements qu’elle a connus au fil des ans, tout en soulignant les enjeux auxquels elle pourra être amenée à faire face du fait de l’évolution de l’enseignement supérieur dans le monde.

(traduction de l’arabe par Stéphanie Dujols)