Quelques aspects historiques de la politique américaine envers l’islam politique : le cas des frères musulmans égyptiens

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Par Mohamed-Ali Adraoui

Les archives déclassifiées du département d’État américain explicitent l’ambivalence continue des États-Unis pour un mouvement considéré à la fois comme un allié potentiel, susceptible de s’adapter au jeu démocratique, et un ennemi idéologique.

 

Alors que les États-Unis désignent officiellement depuis 1995[1] certains mouvements épigones engagés dans l’action violente, tel que le Hamas palestinien, comme « terroristes », ils n’ont jamais franchi le pas en ce qui concerne les Frères musulmans, pourtant considérés comme tels par plusieurs États, notamment l’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis et la Russie. Les Américains, conscients de la forte charge idéologique anti-occidentale exprimée par les fondateurs du mouvement islamiste[2], ne sont pour autant jamais entrés en conflit direct avec la confrérie, qui a, depuis les années 1980[3], systématiquement condamné l’action violente menée par des groupes jihadistes en Égypte. Ils ont cultivé avec l’organisation une relation de proximité voire d’instrumentalisation à chaque fois que ces derniers pouvaient être utiles à la promotion de leurs intérêts.

Considérablement esseulés depuis le coup d’État de juillet 2013 qui les a vus à nouveau interdits par l’armée après dix-neuf mois de rapprochement puis d’exercice du pouvoir, les Frères musulmans égyptiens se sont distingués, quant à eux, par une forte dimension internationale qui les a poussés à interagir avec les grandes puissances, au premier rang desquelles les États-Unis.

L’historien dispose aujourd’hui de la totalité des archives du Département d’État relatives aux liens entre ces deux acteurs jusqu’à la fin des années 1970, aujourd’hui déclassifiés (les dispositions légales rendent pour l’instant les matériaux postérieurs à 1979 difficiles à consulter).

Mohamed Adraoui

Mohamed-Ali Adraoui

Chercheur

Mohamed-Ali Adraoui est docteur en sciences politiques et chercheur associé à la London School of Economics et à Georgetown University, ses travaux portent sur le salafisme, le djihadisme, les mouvements islamistes et la politique étrangère américaine. Il est l’auteur de :  Du Golfe aux banlieues : le salafisme mondialisé, Presses universitaires de France, 2013, traduit et publié en janvier 2020 aux Presses universitaires d’Oxford sous le titre : Salafism goes global.

Ces archives, consultables aux bureaux du National Archives and Records Association à College Park dans le Maryland, décrivent une relation chaotique et fluctuante, les États-Unis oscillant entre scepticisme quant au renoncement à la violence affiché par les Frères et volonté de construire une relation diplomatique avec leur organisation. Elles disent d’abord la difficulté de l’administration américaine à acquérir une idée précise et une conviction sur la nature même du projet des Frères musulmans, tour à tour qualifiés de « mouvement fanatique », de « croyants orthodoxes », ou d’islamistes « modérés ». Elles décrivent, enfin, un attentisme assumé qui voit les États-Unis faire dépendre leur position au sujet des Frères musulmans de la capacité de ces derniers à survivre dans un jeu politique égyptien et à devenir un candidat sérieux au pouvoir.

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